Le chant des mariées : Juifs et Musulmans du Maghreb à la croisée des chemins

Le Chant des mariées - Olympe Borval

Aucun film n’avait jusqu’à présent mieux décrit que Le chant des mariées de Karin Albou la douloureuse séparation, accélérée durant la seconde guerre mondiale, du destin des Arabes et des Juifs du Maghreb, qui vivaient pour la plupart sur les mêmes terres depuis de très nombreux siècles, et s’exprimaient dans la même langue, l’Arabe.

Cette histoire d’amitié réunit à Tunis en 1942 deux jeunes femmes pauvres qui ont grandi dans la même cour, Myriam la Juive (Lizzie Brocheré), qui sera mariée contre son gré à un riche médecin (Simon Abkarian) qui aurait l’âge de son père, et Nour la Musulmane (Olympe Bourval), amoureuse d’un jeune homme qui trouve auprès des Allemands qui occupent la Tunisie un espoir d’indépendance pour son pays, quitte à se débarrasser des Juifs jugés trop assimilés aux Chrétiens.

Handicapée par le manque de moyens pour décrire l’invasion allemande de la Tunisie, la réalisatrice privilégie des moyens radicaux, et la transposition d’un discours d’Hitler sur une série de photographies éloquentes, comme ce terrible morceau de musique de John Zorn (Kristallnacht) qui superposait de la musique Klezmer sur les incantations haineuses du chef du nazisme.

Mais il est surtout question ici de la sensualité du corps des femmes du Maghreb, depuis la danse du ventre qui inaugure le film jusqu’à la nuit de noce des jeunes époux, en passant par les mystères du hammam, et l’épilation au caramel du pubis de la jeune Myriam, où l’on voit les femmes reproduire les instruments de la violence des hommes à l’égard des autres femmes.

Le père de la belle Nour (« Lumière » en arabe) invite sa fille qui s’engage dans une lecture rigoriste du Coran, à relire la prophétie de la seconde sourate dite de la Vache : « Ceux qui croient, ceux qui suivent le Judaïsme, les Chrétiens, les Mandéens, quiconque croit en Dieu et au Jour dernier, effectue l’œuvre salutaire, ceux-là trouveront leur salaire auprès de leur Seigneur. » Karin Albou rappelle avec Le chant des mariées que la mélancolie d’une union prouve qu’elle est encore possible.

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