Shokuzaï, celles qui voulaient se souvenir de Kurosawa : se rapprocher autant que possible d’une vie humaine

Le cinéaste du devenir autiste de l’humanité, Kiyoshi Kurosawa (un virus propagé par internet isole les humains et les force à se suicider dans Kaïro, un tueur en série aux pouvoirs fantastiques provoque une épidémie de meurtres dans Cure, un cadre au chômage assiste à la décomposition de sa vie dans Tokyo Sonata), nous offre une saga sublime avec Shokuzaï (“pénitence” en japonais), ou l’histoire de quatre jeunes filles condamnées par une mère à une souffrance sans fin pour ne pas avoir protégé sa fille victime d’un assassin introuvable.

Les fantômes ne sont jamais très loin chez Kurosawa qui nimbe le drame d’apparitions, de spectres et de sentences glaciales. Dans le premier épisode, l’une des jeunes filles échappe à la solitude et la peur des hommes en épousant un maniaco-dépressif qui l’enferme dans ses fantasmes. Une autre jeune fille qui voulait se souvenir devient une enseignante prête au pire pour protéger ses élèves, quitte à devoir s’excuser auprès des parents d’élève au cours d’humiliantes séances d’expiation dans un monde où le croisement de l’enfant-roi et du soupçon promettent à ce métier des expériences bien pénibles.

Film sur la souffrance engendrée par la morale chrétienne de la rédemption et de la faute dans la culture du zen, Shokuzaï suit des personnages qui voudraient tous, comme l’annonce l’amoureux transi de la première héroïne du film, “se rapprocher autant que possible d’une vie humaine”, à l’ère de la réalisation des fantasmes dans un monde virtuel et de la marchandisation de tous les rapports humains, jusqu’à l’amitié par les réseaux sociaux.

En s’emparant d’un bâton, la seconde héroïne du film fait tomber la carapace des pulsions réprimées par la civilisation pour laisser parler son corps : Kurosawa filme la jouissance du justicier terrassant sa proie en trouvant par la même occasion une voie de sortie à son symptôme (se libérer de la promesse faite à la mère de la petite victime de lui offrir une compensation). Ce spectacle du corps en quête illusoire de lien non symptomatique est le plus grand film de ce début d’année.

Deuxième volet de la saga, Shokuzaï, celles qui voulaient oublier, sortie le 5 juin 2013

Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir… par LE-PETIT-BULLETIN

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *