Only God forgives de Nicolas Winding Refn : Ci-gît Blondin

Only God forgives est un enterrement de premier classe du héros hollywoodien taiseux personnifié par Clint Eastwood et tant d’autres depuis cinquante ans, débarqué dans le dernier film du Danois Nicolas Winding Refn à Bangkok.

Beau comme un camion avec ses T-shirts de camionneur à la Marlon Brando, le héros américain est poussé à la vengeance par une Médée de notre temps (Kristin Scott Thomas à contre-emploi, dévorant ses enfants) ravagée par la perte de son fils violeur et assassin d’une jeune prostituée. Le blondin aimerait mieux passer du temps avec sa jolie amie thaïe qui occupe le métier jugé normal dans ce pays d’entertainer. Les sbires de sa mère se heurtent au mur d’un justicier impitoyable, héritier d’un siècle de cinéma de sabre et de kung-fu (Vithaya Pansringarm) dans la capitale poisseuse à souhait du peuple thaï, éclairée par des néons aux couleurs criardes (superbement rendus par Larry Smith, le chef-opérateur d’Eyes wide shut) et couverte par le bruit assourdissant des deux roues.

Comme dans White material de Claire Denis, où l’Afrique des colons laissait place à de nouveaux maîtres non moins cruels, mais majoritaires et amoureux de leur culture, les expatriés occidentaux d’Only God forgives (quel titre ridicule) cèdent du terrain au profit de policiers qui chantent des poèmes comme dans le film coréen Poetry, tuent avec délectation comme Hannibal le cannibale et aiment leurs enfants comme Gregory Peck dans Du silence et des ombres.

Le cinéaste d’un monde où la mythologie de la violence est l’ultime voie ouverte aux hommes seuls pour avoir le sentiment d’exister (la petite criminalité danoise dans la trilogie Pusher, un guerrier viking banni en quête de nouveau monde dans Valhalla, un chauffeur de la mafia se prenant pour un justicier pour sauver une blonde inaccessible dans Driver…), filme l’homme occidental face à l’abîme qu’il a créé, monstre tentaculaire prometteur de plus-de-jouir qui suppose de repousser sans cesse les limites de l’interdit. Son film a la beauté du Requiem d’un monde qui a vécu, au profit d’un crépuscule qui laissera place à des aurores étincelantes et désenchantées.

ONLY GOD FORGIVES – Bande-Annonce (VOST) par lepacte-distribution

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