Le passé d’Asghar Farhadi : les prolétaires parisiens et le sage perse

L’intelligence d’Asghar Farhadi en fait l’un des cinéastes les plus attendus, entomologiste du discord du couple et de la douleur des enfants qui découvrent la fragilité des adultes.

Il filme avec Le passé, son premier film hors d’Iran, une mère de famille (Bérénice Bejo) de Sevran (Seine-Saint-Denis) accueillant son mari iranien (Ali Mossafa, cinéaste et époux de Leila Hatami, vedette d’Une séparation) pour divorcer afin de pouvoir épouser son amant dépressif (Tahar Rahim) depuis le suicide de sa femme.

Farhadi s’attache bien entendu à inverser les rôles comme dans A propos d’Elly et Une séparation qui offraient au spectateur occidental des images de femmes puissantes dans un pays où on les imagine nécessairement soumises. Il nous rappelle ici que l’occident comporte son lot de “corps prolétaires” (Colette Soler), sans papier acculé au pire pour survivre (l’extraordinaire Sabrina Ouazani), petit commerçant débordé par les cadences, lycéenne égarée par les intermittences du coeur de sa mère…

Le mari perse surnage au milieu du marasme des non-dits et des souffrances des Français héritiers du dialogue socratique qui impose de prendre le dessus sur son adversaire, quitte à lui mentir et se mentir. Mais ce n’est pas plus un cinéaste de l’incommunicabilité (“un bon sujet de conversation” dit Michaël Papon) qu’Anton Tchekhov au théâtre. Asghar Farhadi ouvre sur l’image d’un ancien couple séparé par la même vitre qui clôturait Une séparation pour clôturer sur deux mains qui se serrent en dépit de toute la souffrance du monde.


Le Passé Bande-annonce par toutlecine

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *