Sol LeWitt au Centre Pompidou-Metz : le désir du visiteur

Visite-t-on les expositions de peinture pour voir les femmes les plus fascinantes du monde déambuler entre les cimaises à l’unisson de notre battement de coeur ? Quelle expérience avons-nous aujourd’hui de l’art minimaliste qui n’a plus la fonction contestataire qu’il avait dans les années 60 et 70, si ce n’est qu’il oppose une répétition de motifs simples (traits, figures géométriques, courbes…) à la marchandisation du monde ?

Le Centre Pompidou de Metz, qui devrait être rebaptisé Paul Verlaine un jour pour faire honneur au plus célèbre des poètes messins et laisser penser que la province peut respirer sans se situer perpétuellement dans l’ombre de la capitale, accueille la plus importante exposition européenne jamais consacrée aux wall drawings de l’artiste américain Sol LeWitt (1928-2007).

Une équipe de 80 dessinateurs de la région Lorraine et assistants de l’atelier LeWitt ont officié pendant deux mois pour reproduire les oeuvres monumentales de l’artiste conceptuel dans le bâtiment aux allures d’utopie futuriste dessiné par Shigeru Ban et Jean de Gastines.

L’exposition présente près de 25 dessins muraux et une partie de la collection de l’artiste qui disait à ses galeristes “que vais-je faire avec de l’argent ? Donnez-moi plutôt une oeuvre !”, et accumula au fil des ans une collection de 4 000 oeuvres de 750 artistes, majoritairement des artistes minimalistes, parmi lesquels de nombreuses femmes, dont il défendit le travail auprès des galeristes, comme les époux Becher, Robert Mangold, Dan Flavin, Barbara Kluger, les partitions chorégraphiques de Lucinda Childs ou Daniel Buren (qui a effectué une installation pour le musée).

Le plaisir de parcourir les dessins muraux de Sol LeWitt est amplifié par les longs couloirs du musée ouverts sur les toits et les murs ocres de la capitale lorraine. L’artiste américain aura décliné toute sa vie les motifs géographiques de base à la dimension des fresques murales de la Renaissance italienne. Quelques carrés, traits et courbes répondent à l’agression permanente de l’image publicitaire. Le visiteur d’une exposition est un passager à la recherche de gestes qui s’accordent à son éthique, c’est-à-dire à son art de la joie, qui n’a rien à voir avec la morale. Sol LeWitt est un homme auquel nous aurions volontiers serré la main.

PS : en bonus, le plaisir du minimalisme de la chanson She was a visitor de Robert Ashley.

Exposition Sol LeWitt, jusqu’au 29 juillet 2013, Centre Pompidou-Metz

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