Musique et Cinéma : le mariage du Siècle, ou le sexe des images

L’harmonica de Mancini sur le dos nu d’Audrey Hepburn en ouverture de Diamants sur canapé, les cordes de Bernard Herrmann sur les lèvres de Kim Novak en ouverture de Sueurs froides, le hip-hop de Public Enemy sur les formes d’une danseuse afro en ouverture de Do the right thing, la soul de Bobby Womack sur la poitrine et les jambres de Pam Grier en ouverture de Jackie Brown… L’exposition Musique et cinéma : le mariage du siècle ?, rappelle que la musique est le sexe des images, que la musique de film est le seul moyen de consoler le spectateur de ne pas vivre avec les personnages, et surtout de ne pas pouvoir toucher selon ses goûts l’acteur ou l’actrice.

L’exposition est consacrée à toutes les méthodes par lesquelles les cinéastes ont introduit de la musique dans les films pour briser les résistances des spectateurs et créer un lien érotique entre leur oeuvre et le public, de la création de Camille Saint-Saëns pour L’assassinat du duc de Guise (1908), considérée comme la première musique de film aux scènes opératiques des films de Kubrick (Strauss dans L’Odyssée de l’espace), David Lynch ou Jacques Audiard.

Il y est question de passion bien sûr, pour des musiques imposées par les producteurs (Georges Delerue pour attirer le public vers Le mépris de Godard qui déclare citant les producteurs :”si c’est Delerue qui fait la musique, après les films de Truffaut, peut-être que ça aidera le film vis-à-vis du public”), par les cinéastes (Maurice Jarre préféré au dernier moment par David Lean pour la musique de Lawrence d’Arabie :”j’avais six semaines pour composer deux heures de musique. J’ai travaillé par tranches de cinq heures espacées de 20 minutes de sommeil. J’ai mis un an à m’en remettre), par les compositeurs (deux notes de John Williams répétées en boucle devant Steven Spielberg pour figurer le requin des Dents de la mer).

Le spectateur peut se rêver mixeur de Sur mes lèvres, Mesrine ou Gainsbourg vie héroïque, voir plus d’une heure d’extraits de films portés par la musique ou écouter les interviews croisées de grands duettistes de l’histoire du cinéma (Badalamenti et Lynch, Audiard et Desplat, Williams et Spielberg, Jarre et David Lean).

La suite en image, avec notre scène préférée de fusion musique-image de l’histoire du cinéma, dans Lawrence d’Arabie de David Lean, et dans le cinéma contemporain, l’emploi de la Sonate K27 de Scarlatti par Scott Ross dans Un conte de noël d’Arnaud Desplechin pour célébrer le goût de l’amour, la musique de La graine et le mulet d’Abdellatif Kechiche sur laquelle danse du ventre Hafsia Herzi, ivresse d’un ventre contre la bêtise du monde, et la musique du groupe anglais Tindersticks, notre Madeleine de Proust de nos années rennaises, en ouverture de 35 rhums de Claire Denis, ou nos captives divines.



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