Mud, Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols : la soutenable impureté du monde

Puissance du cinéma américain qui filme des prolétaires comme des demi-dieux qui rêvent de communier avec la nature et d’ex-sister au sens littéral, c’est-à-dire de mettre leur vie en danger pour éprouver la sensation d’échapper à leur tribu, surmoi, habitus ou à tout ce qui leur ressemble.

On y suit Ellis, un gamin de 14 ans, rêver de récupérer avec un copain un bateau échoué sur un arbre dans les bayous du Mississippi. Ils croisent la route de Mud (“boue”), semi-clochard amoureux d’une blonde dévoreuse d’hommes mauvais qu’elle embouche avant de retourner dans les bras rassurants de Mud qui ont réagi violemment la dernière fois. L’ambiance est digne des romans de James Lee Burke et de toute la littérature cosmique américaine, de Nathaniel Hawthorne à Mark Twain et aux splendides nouvelles de Dorothy M. Johnson (L’homme qui tua Liberty Valance, Un homme nommé cheval…, qui viennent de faire l’objet d’une réédition par Gallmeister).

Jeff Nichols est déjà l’auteur avec son troisième film d’une oeuvre impressionnante qui déroule l’Americana dévoilée par ses aînés John Ford (Les raisins de la colère), Robert Mulligan (Du silence et des ombres) et Clint Eastwood (Sur la route de Madison). Dans ses récits d’apprentissage, les héros apprennent à composer avec l’impureté du monde, de l’amour qui se conjugue avec le désir, l’attente et la souffrance, et de la brutalité des rapports sociaux qui hiérarchisent la légitimité des désirs, des colères et des pouvoirs.

Dans Mud, un adolescent part à la recherche de son Hélène et de son Odyssée pour échapper à la disparition de son monde (parents en instance de divorce, maison au bord du fleuve condamnée à être détruite). Matthew McConaughey, forcément génial pour des raisons prénomiques, lui apprend la part d’irresponsabilité et d’égarement indispensables pour avoir la sensation de vivre. Après le sommet atteint par Take shelter, Muddonne la sensation d’une pause gourmande, où l’on contemple la beauté du monde avant de s’enfoncer dans ses profondeurs.

Mud : Sur les rives du Mississippi Bande-annonce par toutlecine

 

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