The act of killing de Joshua Oppenheimer : l’enchantement du bourreau

Nous savons depuis Les sept samouraïs qu’il n’y a de peuple libre qu’à condition d’oublier ses soldats, alors Joshua Oppenheimer a réalisé un grand film sur l’omniprésence et l’omnipotence des bourreaux de 500 000 à 1 million de sympathisants communistes en 1965, dans un pays prisonnier de ses paramilitaires, l’Indonésie.

The act of killing est un monument terrifiant sur la satisfaction de bourreaux qui n’ont de cesse de donner un sens à leur action (la phrase la plus récurrente du film est la présentation de l’étymologie du terme qui les définit, “Preman” ou gangster en indonésien, comme découlant d’un terme néerlandais signifiant “homme libre”, pour distinguer les Preman des hommes de main qui travaillaient pour l’Etat) et de justifier l’extermination des communistes, sympathisants communistes ou simples immigrés chinois qui se trouvaient sur leur passage lors du coup d’état.

Pour déjouer la censure qui protège ces assassins placés à des postes-clés de l’appareil de l’Etat qui les protège et les encense (on voit le vice-président du pays endosser la veste de la principale organisation paramilitaire pour remercier ses membres), le cinéaste emporte ses bourreaux dans une fiction imbécile dans laquelle ils rejouent leurs faits d’arme, donnant lieu à des monuments de kitsch qui rappellent le travail du cinéaste thaï Apichatpong Weerasethakul (dont les films comportent aussi une critique des crimes impunis commis envers les communistes dans son pays et les fantômes associés à l’horreur des massacres).

Contrairement aux bourreaux de Shoah piégés par l’opiniâtreté heureuse de Claude Lanzmann, ceux d’Oppenheimer s’expriment librement et se vantent de leurs crimes, de leurs méthodes d’extermination ou des viols qu’ils ont commis. L’un d’eux emmène l’équipe de tournage dans les bazars de Jakarta pour présenter la manière dont il rackette les commerçants chinois pour alimenter les fonds de son organisation paramilitaire. The act of killing est un très grand film sur la capacité d’enchantement du cinéma qui transforme des barbares en quête de publicité, de quart d’heure de gloire ou de rédemption en de mauvais acteurs du monde violent qu’ils ont construit et sur lequel l’occident se repose pour continuer de consommer à bas coût.

THE ACT OF KILLING – Bande-annonce VO par CoteCine

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