La Maison de la radio de Nicolas Philibert : à quoi sert une bouche ?

A jouir. C’est du moins ce que filme Nicolas Philibert dans sa dernière oeuvre consacrée à la Maison de la radio et quelques-uns de ses 4000 salariés et milliers d’invités annuels. Des bouches et bien sûr ce qu’on y trouve (dents, palais, langue…) et ce qui les entoure: nez, mentons, yeux, sourcils et même des cheveux pour les dames et les hommes chanceux (ou riches et coquets).

Filmer le personnel de stations de radio à l’oeuvre, c’est se focaliser sur des bouches en train de jouir, de donner la bonne information, de commenter l’actualité (faits divers, Tour de France, vie politique…), de présenter un artiste, ou tout simplement de parler pour réconforter les célibataires, les solitaires ou les couples qui laissent entrer une voix familière dans leur lit pour accroître leur joie en écoutant France Bleu, de réciter un texte comme Caravaca, ou encore de chanter comme la belle américaine Maïa Vidal qui a l’honneur de l’affiche ou les membres des formations musicales de la radio.

Nicolas Philibert est un cinéaste humaniste chez lequel il ne faut pas chercher comme chez Wiseman des rapports de force entre les vedettes et les journalistes modestes de la station, la Direction et le personnel ou le fameux “actionnaire” de la Maison de la radio et le contenu de l’information diffusé sur les ondes. Nulle dramaturgie dans ce film contrairement à Etre et avoir, mais de formidables traits d’humour autour de la manière dont le public s’empare de l’antenne pour le plaisir d’entendre parler de soi, dont les bêtes de radio (Umberto Eco, Jean-Claude Carrière) prolongent leur quart d’heure d’éternité, ou dont les journalistes (la palme revenant à la rédactrice en chef d’Inter Marie-Claude Rabot-Pinson) se saisissent de la présence du cinéaste pour en faire des tonnes sur la construction de l’information, avec ses aléas techniques, ses traits d’humour pour alléger des nouvelles un peu trop sombres ou ses rejets de faits divers trop banals. La maison de la radio est un beau film hommage à des bouches qui s’entraînent inlassablement à caresser nos oreilles.


La Maison de la radio Bande-annonce par toutlecine

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