Virgules en trombe de Sarah Haidar : Nouvelles du sous-sol (silence du Château)

La meilleure nouvelle apportée par la littérature arabe francophone est de porter les textes au gueuloir comme le faisaient Gustave Flaubert ou Claude Simon pour, comme le font aujourd’hui Wajdi Mouawad ou la jeune auteure algérienne Sarah Haidar, née en 1987, qui signe avec Virgules en trombe son premier roman francophone après deux romans en arabe.

Le roman est une sorte de carnet du sous-sol contemporain d’une femme qui se familiarise avec l’horreur, comme la génération de l’auteure sans doute qui a grandi pendant la décennie noire de l’Algérie. Elle vitupère contre l’hypocrisie des barbus, la littérature kitsch, subit la violence de ses tortionnaires qui recherchent un violeur d’enfants qui “voulait réfuter toute essence bienfaisante de l’être”, puis le roman porte le témoignage d’un enfant torturé, du tortionnaire en prison dans un monde où les pédophiles semblent constituer le mal absolu…

Virgules sans trombe est le roman de l’ère post-absurde (dont l’écriture “avait déjà dit tous ses menus miracles”) qui tient moins de Camus (mauvaise nouvelle : un pied-noir qui tue en 1930 un Arabe venu venger sa soeur battue par l’ami dudit pied-noir ne commet pas un geste absurde, mais un meurtre) pour des raisons de décence vis-à-vis de l’histoire de l’indépendance de l’Algérie que de Kafka, mais dans un monde où le Château n’appellerait même plus : “jamais de début ni de fin mais un éternel tournoiement autour du néant encombré de riens et de vérités fatales.”

Dans le très beau film algérien Inland de Tariq Teguia, la fraternité entre les plus démunis venait au secours de l’absence d’illusion face à la post-colonisation du monde. Il ne reste plus dans Virgules en trombe que la littérature, “divin poison” de l’auteure, porteur de désillusion et de rêve d’éternité, de poésie et de colère d’une génération qui refuse le kitsch oriental (faire passer la guerre sainte comme la seule résistance possible aux bombardements) et occidental (faire passer les bombes comme la seule réponse possible au terrorisme). Virgules en trombe apporte la preuve que “ça” écrit dans le monde arabe francophone pour les siècles à venir qui chercheront comme Mahmoud Darwich leur Homère ou leur Dostoïevski. Et les mots “ont donné son dernier cri à l’Homme fatigué de tant d’arnaques célestes”.

Je sais que la poésie s’écrit réellement dans le sang, que le poète est une plaie ouverte aux vents et que les vents ne comprennent rien. Je sais aussi que la pluie des hivers silencieux ne fait que tomber, comme moi, malgré elle, que la gaité des étés vit et meurt le temps d’une baignade oublieuse… Je sais que la vie est un fleuve rouge qui court dans des canaux verts et que le coeur n’est rien d’autre qu’un delta régulant la colère de l’eau. Je sais que la douleur commence toujours dans la chair ou dans l’illusion, et probablement l’envie, d’avoir mal.
Moi aussi, j’ai tenté d’écrire. Moi aussi, j’ai tenté de lire et de succomber à mes lectures. Je suis née dans une lettre ensanglantée hésitant entre l’envol d’un texte et la tombe d’une virgule.”

Virgules en trombe de Sarah Haidar, APIC Editions (Alger). Préface de Lynda-Nawel Tebbani-Alaouache.

One thought on “Virgules en trombe de Sarah Haidar : Nouvelles du sous-sol (silence du Château)

  1. Comment se procurer les ouvrages de madame Sarah Haidar?
    Merci
    PS
    J’habite le Canada.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *