Syngué Sabour avec Golshifteh Farahani : cachez cette vulve qu’on ne saurait voir

Il s’agit toujours pour les extrémismes de réduire les femmes à leur rôle biologique de fécondation. Rien ne va plus depuis que Stendhal a décrit une femme en train de voler dans une bibliothèque des livres qui parlaient d’amour et de liberté. Syngué Sabour s’attache aux soins offerts par une femme afghane à son mari plongé dans le coma depuis qu’il a reçu une balle dans la nuque pour s’être battu avec un homme qui avait annoncé qu’il “crachait dans la chatte de sa mère”. La belle tombe amoureux d’un beau combattant bègue et patient, qui suit la courbe de son plaisir à elle tout en lui offrant de quoi subsister dans une ville meurtrie par la guerre.

Syngué Sabour, pierre de patience est une déclaration d’amour à la comédienne Golshifteh Farahani qui est de chaque plan dans cette périlleuse adaptation d’un monologue féminin, et aux femmes afghanes bien entendu qui n’ont pour la plupart jamais connu leur pays en paix. Le plaisir est de trouver dans l’histoire de Syngué Sabour un lointain héritier de la génération de cinéphile (c’est mon cas) qui ne s’est pas remise d’avoir vu il y a près de vingt ans Breaking the waves de Lars von Trier, où une jeune Anglaise racontait aussi ses expériences sexuelles à son mari infirme pour le ramener à la vie. C’est aussi la joie de voir mêlée au générique la voix d’un bon écrivain de langue française, Atiq Rahimi, au scénariste Jean-Claude Carrière (La piscine, La controverse de Valladolid, etc.) comparé à “Dieu” dans ce blog, avec tout ce que cela implique de possibilité d’adoration et de blasphème.

Il appartient aux cinéastes de transformer le scénario au tournage et au montage. Atiq Rahimi suit amoureusement sa comédienne jusqu’au bout de l’épuisement et de l’adoration. Nous rêvons de ce qu’un grand cinéaste aurait fait du sujet et de la possibilité offerte de sublimer le talent et la beauté de cette grande comédienne courageuse, interdite de tournage dans son pays pour avoir joué sans voile dans une production hollywoodienne. Qu’est-ce que le plaisir féminin ? Arrêtez de ricaner devant votre écran et prenez votre plume ou une caméra, c’est tout simplement l’un des plus grands sujets qui s’offrent aux cinéastes d’orient et d’occident au XXIe siècle.

SYNGUE SABOUR – PIERRE DE PATIENCE – Bande-annonce par lepacte-distribution

 

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