Trilogie Büchner par Ludovic Lagarde : la barbarie plutôt que l’ennui

Alors que l’actualité cinématographique est marquée par le triomphe de la barbarie pour répondre à la barbarie dans un long film d’investigation décrivant la vengeance de la première armée du monde envers le commanditaire des attentats du 11 septembre, il est passionnant de découvrir les merveilleuses mises en scène par Ludovic Lagarde des trois pièces de Georg Büchner, prématurément disparu à 23 ans en 1837.

Il y est question d’une histoire de déchet humain réduit au meurtre (Woyzeck), de la passion pour le sang dans la révolution française (La mort de Danton) et de la naissance de l’âge de l’ennui (Léonce et Léna) et du bovarysme. Ce spectacle fleuve de quatre heures trente est un plaisir visuel et d’intelligence sur l’époque tragique dans laquelle l’humanité est entrée au XIXe siècle, lorsque la mort de Dieu chère aux philosophes allemands a laissé place à une soif de barbarie plus puissante que l’humanisme porté par les Lumières.

Ludovic Lagarde a l’intelligence d’organiser la Trilogie en commençant par le drame de Woyzeck, homme misérable assassin de sa compagne prostituée, en poursuivant par l’épopée historique des révolutionnaires hantés par le sang versé pour accomplir leur idéal, et en finissant par la merveilleuse de Léonce et Léna, la plus contemporaine des pièces de l’auteur allemand. Deux oisifs qui fuient les rêves d’union de leurs riches parents aristocrates se rencontrent fortuitement dans un hôtel où ils s’amourachent avant de rentrer dans le bercail. Le jeu burlesque de Samuel Réhault et de Déborah Marique dans les rôles principaux diminue la tension provoquée par les pièces précédentes tout en modernisant le propos de Büchner sur le bovarysme et la jouissance comme seuls horizons du monde contemporain.

Un grand film dévoile l’être de son temps. Zero Dark Thirty n’apprend rien de plus que la violence des cycles de la vengeance et l’importance du rôle des indicateurs dans le travail des services secrets. Je me souviens de la dernière scène de Munich de Steven Spielberg, lui-même terrorisé par son propre film au point d’avoir réalisé ensuite le plus mauvais Indiana Jones pour consoler les fans. Un agent des services secrets israéliens annonçait à son chef sa volonté de sortir du cycle de la vengeance dans un paysage hivernal sculpté par les tours du World Trade Center. Vérité en-deçà des Erinyes, erreur au-delà.

Dernière de la Trilogie Büchner au Théâtre de la ville ce 25 Janvier 2013.

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