Django Unchained de Quentin Tarantino : le prophète du passé

Le cinéaste rock star s’est transformé en un prophète d’un genre particulier depuis Inglourious basterds, en plaçant dans le passé des personnages qui représentent des figures militantes du monde contemporain, juifs ayant filmé le nazisme comme le symbole du mal absolu pour ne pas oublier, noirs révoltés refusant le joug et le fouet des blancs.

Le triomphe critique et public de Django unchained, porteur du souffle révolutionnaire des westerns spaghettis dont celui auquel il emprunte son titre et sa chanson, est prompt à taire toute critique envers un film qui offre un rôle plus complexe à un chasseur de primes blanc lettré (Christoph Waltz, magistral) qu’à son héros noir qui semble sortir du cinéma d’exploitation des années 70, un film où le concept (dénoncer le racisme et l’esclavagisme, objet de refoulement de l’histoire américaine, au même titre que le colonialisme ou la Guerre d’Algérie en France) prend le pas sur la virtuosité cinématographique de Boulevard de la mort et d’Inglourious Basterds.

Le chasseur de primes libère notre héros au début du film dans une ambiance qui rappelle le True grit de mes frères Coen avec ses ploucs blancs à l’accent chargé embarqués dans des tirades shakespeariennes. L’Européen se prend d’amitié pour l’Américain et s’engage dans sa quête consistant à libérer sa femme, ce qui suppose d’affronter l’effrayant Monsieur Candy (Leonardo di Caprio, effrayant) sur son terrain.

Le personnage le plus inattendu du film est comme l’indique Emmanuel Burdeau celui de Samuel L. Jackson en serf volontaire, intendant du royaume du blanc raciste heureux de mettre son maître à l’abri de l’arnaque et de conserver son petit rôle de « noir avec un masque de blanc » comme disait Frantz Fanon. Christoph Waltz décline son personnage de SS cultivé et opportuniste d’Inglourious Basterds en interprétant un Allemand fan de Wagner qui interdit la harpiste des esclavagistes de massacrer la Lettre à Elise de Beethoven. La sublime photographie de Robert Richardson (les points chauds extraordinaires du Casino de Scorsese) encadre la chaleur du sud et des corps en lutte pour l’oppression (la scène burlesque des cavaliers du Klan qui ne voient rien avec leur masque) ou l’émancipation. « Je n’ai pas pu m’en empêcher » dit Christoph Waltz en guise d’adieu avant une série de climax interminables. C’était pourtant à sept ou huit minutes de là que Tarantino, à son sommet, aurait dû tout arrêter.

Proposition de fin alternative pour Django Unchained.

Nous avons supprimé les scènes postérieures à la planque de Django sous l’armoire, qui tue 123 personnes dans la propriété, en terminant par l’intendant (Samuel L. Jackson). Django et Broomhilda sont à cheval devant les ruines de la propriété.

Broomhilda

Je suis amoureuse de toi, mais je veux que tu saches quelque chose sur moi si on fait un bout de chemin ensemble.

Django lui jette un regard inquiet. Les lèvres de la jeune femme tremblent.

Broomhilda

Je suis enceinte de Monsieur Candy (Leonardo di Caprio).

Django lui lance un regard haineux, puis baisse les yeux devant le regard désarmant de sa compagne. Il essuie une larme sur sa joue, relève la tête.

Django

Nous prouverons que mauvais sang saurait mentir. Je l’aimerai comme mon fils.

La chanson du générique retentit : « Django, Django… ». Les tourtereaux chevauchent et disparaissent dans la nuit.

FIN


Django Unchained – Official Trailer [VOST-HD] par Eklecty-City

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