The Master de Paul Thomas Anderson : l’extase de l’esclave

Le cinéaste des désaxés, virtuose baroque signataire de films dérangeants a fait un four aux Etats-Unis avec cette variation sur la dialectique du maître et de l’esclave entre un soldat démobilisé en 1945 et le fondateur d’une secte qui ressemble à celui de la Scientologie.

L’exercice est de nouveau impressionnant, porté par Joaquin Phoenix en soldat lubrique obsédé par le corps des femmes après plusieurs années de guerre et Philip Seymour Hoffman dans la tradition de l’actor’s studio. Le premier embarque sur le navire Alethia (“vérité” et “dévoilement” en grec) du second qui traîne à ses guêtres une troupe de gens normaux avides d’esclavage pour peu qu’un gourou mystique leur fasse oublier leurs névroses et la peur de la mort.

Paul Thomas Anderson crée des tourbillons d’images et de sensations dans lesquels ses comédiens prennent une allure simiesque dans un environnement qui récuse l’animalité de l’homme (Tom Cruise en gourou de sexte machiste dans Magnolia, Daniel Day-Lewis en magnat du pétrole dans There will be blood, ici Joaquin Phoenix à la recherche de sexe et d’un sens à donner à sa vie). Objets plastiques enivrants et machines à méninges, ses films jouissent d’un immense succès critique dans le monde anglo-saxon (The Guardian plaçait par exemple There will be blood en tête de son classement des films des années 2000 par la manière dont ce film plaçait le pétrole au coeur des enjeux et de la folie du monde contemporain), mais peinent par des constructions binaires (ici encore, la lutte entre le savant fou et le singe) à s’imposer comme de grands films universels.

The Master – Bande-annonce [VOST] par Filmosphere
 

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