Foxfire confessions d’un gang de filles : le film costumé au risque de la nostalgie

Le cinéaste de l’extension de la lutte des classes à de nouveaux domaines comme la relation entre un père ouvrier et un fils responsable de ressources humaines dans Ressources humaines, à un enseignant moderne et tolérant face à un lycéen turbulent dans Entre les murs, est allé voir ailleurs et dans un autre temps après une Palme d’or un peu lourde à porter pour un cinéaste aussi discret, pour suivre une troupe de jeunes délinquantes américaines dans les années 50.

Il tire du best-seller de Joyce Carol Oates une ode à la rébellion traitée de manière aussi adolescente que son sujet. Le film à costume court toujours le risque de la nostalgie pour le passé, et Foxfire, confessions d’un gang de filles n’échappe pas à la règle. Le genre est transcendé lorsque le plaisir esthétique (filmer comme Delacroix dans Lawrence d’Arabie, comme Gainsborough dans Barry Lyndon, comme Millet dans Tess, comme Otto Dix dans Black Book…) est mis au service d’une réflexion sur les fondements de la société contemporaine (le racisme anti-arabe chez David Lean, la naissance d’une nouvelle époque tragique chez Kubrick, l’émergence d’une société basée sur l’exploitation du corps des femmes chez Polanski, la persécution continue des juifs chez Verhoeven…).

Laurent Cantet filme des jeunes filles très en colère contre le machisme, l’inceste, l’institution carcérale, l’adultère, le désir de vieux tromblons pour de jeunes filles pubères, etc. Soit. Il contente le spectateur qui imagine les conservateurs américains uniquement sous l’angle du puritanisme mâtiné de frustration et de perversion, ce qui est un peu réducteur. Il a le sens de la mise en scène des explosions de colère des faibles face au système, comme lorsque l’héroïne Legs (comprenez aussi, les jambes du groupe de fille) menace au couteau un lycéen qui s’en prend à ses copines. Mais l’on se demande pourquoi il ne s’est pas plutôt intéressé à des héroïnes historiques de gangs ou à des gangs féminins contemporains plutôt que de se focaliser sur une intrigue adolescente qui conclut comme Le cercle des poètes disparus que chaque jour mérite révolution.

J’ai le souvenir sur le même sujet du livre américain Freedom summer qui s’intéressait au parcours des étudiants blancs américains qui étaient allés dans le sud encourager les noirs à s’inscrire sur les listes électorales en plein apartheid. Cet ouvrage passionnant contredisait, en décrivant le parcours d’une vie d’engagement de la plupart des personnes qui avaient participé à l’aventure, le commentaire blasé des cyniques satisfaits de voir les coeurs utopiques devenir aussi gris que leurs désillusions. “Let it shine” concluait en pleurant une protagoniste qui avait comme les filles de Foxfire passé une vie le poing levé, mais au service des autres, pas en organisant des kidnappings ou en crapahutant dans la jungle avec Fidel Castro qui ne fait plus rêver grand monde. Let it shine.

Foxfire Bande annonce du film par LE-PETIT-BULLETIN

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