Tomi Ungerer, l’esprit frappeur de Brad Bernstein : le pornographe qui écrivait pour les enfants

Tomi Ungerer, invité d’honneur permanent de Cinéma dans la lune, fait l’objet d’un documentaire en même temps que l’adaptation de son conte Jean de la lune sort dans les salles. Quel ogre d’homme ! Né en 1931 en Alsace, il grandit dans la misère après la mort de son père, et assiste à la nazification des enfants auxquels on interdit de parler français et que l’on oblige à écouter les discours de Goebbels et Hitler à la radio à l’école. Il assiste à travers le toit troué de sa maison par un obus à l’offensive des Alliés contre les nazis, puis aux autodafés de livres allemands (Goethe, Schiller…) par les libérateurs.

Apatride dans un pays qui moque son accent alsacien, il part à l’aventure à New York où il devient une star du livre d’enfant (il écrit et dessine 140 livres) et du graphisme militant (contre le racisme, la guerre du Vietnam, la bêtise), puis de livres pornographiques dans la foulée de la libération sexuelle et après avoir rencontré une femme qui, portée sur la littérature sado-masochiste, propose de devenir son esclave. Tout cela se passe avant l’âge d’internet et l’oeil scrutateur des médias et il enchaîne tranquillement ses activités avec succès avant d’être accusé lors d’une conférence sur le livre pour enfant de ne pas pouvoir aussi se consacrer à la pornographie. Réponse du berger : “il faut baiser pour faire des enfants”. La presse et les éditeurs lui tournent le dos, il quitte les Etats-Unis pour élever des cochons en Nouvelle-Ecosse (Canada), n’écrira plus de livre pour enfant pendant 25 ans, et devra attendre 23 ans pour être réédité aux Etats-Unis, où ses livres ont eu une influence considérable sur la reconnaissance des monstres dans la littérature enfantine.

Le grand éclat de rire de Tomi Ungerer, esprit frappeur (il le dit lui-même, ses posters anti-Vietnam sont inspirés par la propagande de Goebbels et le “Schlagwort”, “slogan”, mais littéralement “coup de poing”), amateur de femmes et de culs (qu’il classe en rieurs, chafouins, etc.), des grands espaces de l’Irlande et de l’amitié entre les hommes, est le plus beau cadeau cinématographique de cette fin d’année. Toute l’équipe de Cinéma dans la lune vous souhaite un joyeux noël.

TOMI UNGERER – L’ESPRIT FRAPPEUR – Bande annonce par lepacte-distribution

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