Tabou de Miguel Gomes : des rois sans divertissement

Tabou du cinéaste portugais Miguel Gomes est le premier film à représenter l’Europe comme un territoire noyé dans la mélancolie depuis la perte de l’immense terrain de jeu que constituaient les anciennes colonies.

L’histoire commence dans le Portugal contemporain où la douce Pilar aide sa voisine Aurora qui se ruine au Casino jusqu’à sa mort. Pilar retrouve la trace de Gian Ventura, l’ancien amant d’Aurora qui raconte leur histoire en voix off en Angola, où mariée à un riche colon dont elle était enceinte, elle s’est amourachée de cet aventurier italien.

Il est difficile de décrire le plaisir intense pris à voir cette histoire qui mêle les clins d’oeil à l’histoire du cinéma (le chef-d’oeuvre anthropologique Tabu de Murnau consacré à un amour impossible dans une tribu du Pacifique, Out of Africa pour l’amour à l’ère coloniale et l’impossible rêve d’harmonie avec les populations noires, Down by law de Jarmusch pour le noir et blanc, le burlesque et la mélancolie), un sens trop rare du cadre par le choix du format 4/3e des vieux films d’explorateurs, et une vision intelligente de la mélancolie qui accompagne la mort des empires, lorsque des êtres qui vivaient comme des dieux se trouvent ramenés au milieu des hommes comme dans la nouvelle de Buzzati.

Il faut se laisser bercer par la musique de Joana Sa et les morceaux de l’orchestre ringard de la bande de minables qui constituent la colonie blanche de l’imaginaire Mont Tabou. La mort vient en son temps rappeler aux colons qu’il est temps de partir, même s’ils ne se remettront jamais d’avoir vécu comme des Dieux.

Tabou Bande-annonce par toutlecine

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