Tess de Roman Polanski : l’insoutenable impureté du monde

C’est la plus belle réussite esthétique de Roman Polanski qui sort en version restaurée aujourd’hui. C’est le film-testament du cinéaste à sa femme assassinée (Tess est dédié à Sharon Tate) et à l’Amérique qu’il venait de fuir. C’est une déclaration d’amour à Nastassja Kinski et le plus grand rôle de la comédienne allemande.

Tess est le cousin de quatre ans le cadet de Barry Lyndon dans le film à costume, le second étant consacré à un ambitieux broyé par ceux auxquels il voulait ressembler, le premier à une idéaliste broyée par ceux auxquels elle ne voulait surtout pas ressembler.

La pauvre Teresa (Tess) grandit dans une famille pauvre du Pays de Galle à la fin du XIXe siècle. Son pauvre métayer de père ne se sent plus d’apprendre que sa famille descend d’une famille de la lignée de la grande aristocratie (d’Urbeville) qui a accompagné Guillaume le Conquérant. Il envoie la jeune fille chez des parvenus qui ont acquis le nom de sa famille. Le belître fils de sa mère l’engrosse, elle repousse ses assauts, retourne à sa misère, perd son enfant, part dans une autre famille, s’amourache d’un idéaliste bourgeois qui lit Karl Marx pour exister face à son père Pasteur et se carapate en apprenant le passé de la jeune femme… L’idéaliste Tess ne se remettra jamais de son excès de franchise et de la part de mensonges nécessaires pour vivre.

Stanley Kubrick taquinait Gainsborough pour Barry Lyndon, Polanski emprunte à Jean-François Millet pour filmer la Presqu’île du Cotentin (Millet est natif de Gruchy dans le pays de la Hague) et les villages bretons qui ressemblent aux paysages du Pays de Galle où est censée se passer l’intrigue. Le chef-opérateur Ghislain Cloquet tourne l’un de ses plus beaux films depuis Les demoiselles de Rochefort avec Tess, qui lui vaudra l’Oscar de la meilleure photographie.

Tess est un régal pour les yeux et les sens, le grand film mélancolique d’un cinéaste universel qui aura côtoyé l’horreur et abusé de très jeunes femmes tout en offrant plusieurs portraits de femmes courageuses confrontées à la violence des hommes, de Répulsion à La Jeune fille et la mort, mais aussi dansRosemary’s baby et Lunes de fiel (Mizoguchi dénonçait la condition des prostituées qu’il fréquentait, Bergman filmait des femmes ravagées par l’infidélité de leur compagnon tout en trompant ses compagnes…). C’est aussi l’autoportrait déguisé (“Madame Bovary, c’est moi” disait Flaubert) d’un idéaliste qui ne s’est jamais résolu à l’impureté du monde et à la résignation de tant d’hommes de perdre leurs illusions.


TESS : BANDE-ANNONCE Full HD de Roman Polanski par baryla

One thought on “Tess de Roman Polanski : l’insoutenable impureté du monde

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