3e prix Cinéma dans la Lune : Jeff Nichols, Leïla Kilani, Raphaël Siboni, Emmanuelle Riva, Anders Danielsen…

Le jury du site qui célèbre les nouvelles utopies esthétiques, poétiques et politiques du cinéma s’est réuni cette nuit en région parisienne pour remettre les récompenses du 3e prix Cinéma dans la Lune :

Prix dans la Lune : Take shelter de Jeff Nichols. Curtis Laforche rêve nuit et jour du Déluge, son entourage et sa femme prennent peur. La quête de refuge, courante durant les grandes périodes tragiques, de L’Odyssée de Homère à Hamlet en passant par Oedipe à Colone, touche ici un couple américain des classes moyennes fragilisé par la possibilité de la chute. Portée par ses deux formidables interprètes, l’histoire prend une dimension biblique à mesure que l’on s’enfonce au coeur des ténèbres.

Prix du meilleur premier film : Sur les planches de Leïla Kilani. Première fiction de la cinéaste marocaine, où elle suit une bombe à retardement, Badia, petite main dans les usines de Tanger le jour, prostituée dans les beaux quartiers la nuit, qui rêve des emplois des filles aux mains propres de la zone franche et d’un destin à la Tony Montana. Tableau tragique des Arabes sans printemps.

Prix du meilleur documentaire : Il n’y a pas de rapport sexuel de Raphaël Siboni. Portrait du pornographe HPG par les rushes de ses films à bas budget. Réflexion sur la phrase-clé de Lacan (il n’y a pas de rapport sexuel : chacun jouit dans sa propre sphère, et vive l’équivoque !), la consommation de porno, l’onanisme, le regard des hommes sur les femmes, et de ces dernières sur ce qu’elles pensent devoir accepter ou refuser des hommes.

Prix de la meilleure comédienne : Emmanuelle Riva dans Amour de Haneke. Amoureuse, Alzheimer, aphasique, adieu. Et puis c’est tout.

Prix du meilleur comédien : Anders Danielsen dans Olso 31 août. La chute d’un jeune toxicomane Norvégien qui ne devrait a priori avoir aucun problème, d’après le sulfureux roman de Drieu La Rochelle (Le feu follet). Un visage qui disparaît peu à peu. A nos chers amis trop tôt disparus.

Prix du meilleur scénario : Bridget O’Connor et Peter Straughan (d’après John Le Carré) pour La Taupe. Après trente ans de gagnants hollywoodiens et d’existentialistes parisiens, éloge du grand fonctionnaire terne et solitaire habité par le dégoût de la dictature et le sens du devoir. Subtil jeu du chat et la souris inspiré de l’histoire de l’espion anglais historien d’art traître à son pays au profit de l’Union soviétique. La démocratie, passion indispensable des hommes tristes.

(Mention spéciale à Pascal Laugier pour le dernier retournement de The secret, où l’on comprend ce que les grands bourgeois font de tous les enfants volés aux pauvres…).

Prix de la meilleure image : Salma Cheddadi/Victor Zebo pour Sweet viking. Avec la caméra 16 mm réglée par Victor Zebo, Salma Cheddadi cadre dans une lumière laiteuse en plans serrés une douce viking dans un pays aux allures lunaires, l’Islande. Poésie de la maternité et de la sensualité rêvée des femmes modernes.

Prix du meilleur son : Joshua Chase, Lyman Hardy pour Take shelter. Nuées d’oiseaux, coup de tonnerre, bourrasques de vent, hurlements d’un homme-prophète. Une bande-son à hauteur du mythe porté par le film.

Prix du meilleur montage : Dylan Tichenor pour des Hommes sans loi de John Hillcoat. Pour une minute de film où Shia Laboeuf ivre mort à l’alcool de contrebande vient se prosterner devant la belle mormone (Mia Wasikowska) qui lui lave le pied durant l’office. Le montage comme art de l’ivresse dionysiaque.

Prix du meilleur décor : Jean-Vincent Puzos pour l’appartement haussmannien conçu en studio d’Amour de Haneke, lieu de réception sociale où Alexandre Tharaud joue les Bagatelles sur un piano à queue, lieu où l’intime croise le drame (le petit-déjeuner amoureux vire au cauchemar), lieu de test burlesque et sinistre du fauteuil roulant (le hall), lieu de mort et tombeau (la chambre nue), et surtout lieu de patrimoine, avec la terrifiante dernière image du film où Huppert est satisfaite malgré son deuil de s’emparer des lieux pour jouir d’un bon placement et éponger les pertes de son mari à la bourse.

Prix des meilleurs costumes : Anaïs Romand dans Holy Motors pour avoir imaginé Denis Lavant en vieille tsigane roumaine sur le pont Alexandre III, homme d’affaires millionnaire, clochard Monsieur Merde, et même en Denis Lavant expliquant la règle du jeu humain à sa fille.

Prix des meilleurs effets spéciaux : Pascal Mauny et Arnauld Ménager pour L’or de leurs corps. Eve saigne des mains, multiplie des poissons… Comme a dit une jeune fille durant la première projection publique : “elle marche vraiment sur l’eau ?”

Prix du meilleur court-métrage : Sweet viking de Salma Cheddadi. Portrait d’un pays ruiné et vidé par les néo-vikings, l’Islande, sous forme de tableau d’une chanteuse féministe et mystique, Jara, seule avec les êtres de la mythologie nordique avec lesquels elle communie. Regard amoureux et amusé d’une fille du sud sur le nord où l’on vit libre et meurt seul, loin des siens.

TAKE SHELTER : BANDE-ANNONCE VOST Full HD par baryla

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