A bord du Darjeeling limited : faut-il tuer son grand frère ?

 “Coppola se rêve en père et parrain, ne nous apprenant pas seulement que la guerre est confuse et que le pouvoir rend fou, mais que la transmission nous lie tous. C’est une morale filiale, qui déborde la famille pour toucher l’amitié, la solidarité et l’histoire. L’idée de destination relève de la transmission ; le style également, puisqu’on hérite des formes du passé

 Stéphane Delorme, in Francis F. Coppola

    

 Avec ses sacs barrés des initiales d’une célèbre marque de maroquinerie (et conçus spécialement pour le film), son court-métrage coquin qui précède le film tourné à l’hôtel Raphaël à Paris (avec Nathalie Portman en guest-star nue), Adrien Brody césarisé et oscarisé autrefois pour Le pianiste (que l’auteur de ces lignes rêverait de diriger dans une adaptation du roman La route de Cormac McCarthy, mais certains cinéastes sembleraient mieux placés pour le faire), Jason-Schwartzmann en acteur et scénariste ex-Louis XVI pour sa cousine Sofia Coppola, le très francophile Roman Coppola en co-scénariste et co-producteur, et un parfum d’hommage au film Le fleuve de Jean Renoir, A bord du Darjeeling limited de Wes Anderson semble appartenir à ce nouveau genre en vogue à Hollywood depuis moins d’une dizaine d’années : le film américain francophile.

Le thème de la fratrie n’est pas un grand thème littéraire (à l’exception des Frères Karamazov de Dostoïevski), mais il a inspiré quelques chefs-d’oeuvre au cinéma américain, notamment A l’est d’Eden d’Elia Kazan (la jalousie entre deux frères, qui révèle James Dean), la trilogie des Parrain de Francis F. Coppola (oncle de Jason Schwartzmann et père de Roman Coppola) ou récemment La nuit nous appartient de James Gray (la rivalité de deux frères, l’un policier, l’autre mafieux interprété par Joaquin Phoenix). Il est normal qu’un film sur la famille s’inscrive dans une filiation.Il n’est donc pas étonnant qu’A bord du Darjeeling limited rende hommage à ses maîtres pour mieux s’en démarquer. Trois frères (Owen Wilson, Adrien Brody et Jason Schwartzmann) sont réunis par l’aîné en Inde afin de retrouver leur mère (Anjelica Huston) qui les a abandonnés pour se dédier entièrement à une mission humanitaire. Les deux plus jeunes supportent difficilement l’autoritarisme du premier qui a réglé le voyage comme du papier à musique, conserve leurs passeports pour éviter qu’ils ne repartent en Amérique, et ne cesse de leur donner des ordres.

“Est-ce qu’on aurait pu être amis dans la vie” se demande l’aîné, alors que les trois frères n’ont plus grand chose à se dire. La réponse se trouve dans la très belle image de Robert D. Yeoman et les décors flamboyants tout en couleurs primaires, mais aussi dans cette scène charnière où les trois frères sont condamnés à quitter le train. Jason Schwartzmann se sépare alors de la belle indienne avec laquelle il était sorti. Il lui demande si ses yeux sont rouges à cause du gaz qu’il a répandu dans le wagon pour séparer ses frères. Elle lui répond que ce sont juste des larmes. Un homme qui apprend le pouvoir des larmes n’a pas perdu son voyage.

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