Mesrine et les démons français

“Le roman policier est une tragédie qui se termine bien.”

Raymond Chandler

Le premier plaisir qui saisit à la vision de L’instinct de mort de Jean-François Richet est cet usage sans complexe du bruit et de la fureur du cinéma hollywoodien pour raconter l’histoire du plus célèbre gangster français Jacques Mesrine. Nous voilà au coeur de la torture en Algérie, à laquelle participa Jacques Mesrine avant de devenir un braqueur de banque, de l’OAS, dont émanait son premier patron de la pègre (interprété avec une sobriété étonnante par Gérard Depardieu), et de la proximité des méthodes de la police et des truands, comme dans cette prison de réinsertion d’où s’évada Mesrine, et dont les pratiques de torture semblent proches de la contemporaine Guantanamo.

Le second plaisir vient évidemment de Vincent Cassel et de ce casting quatre étoiles qui l’entoure (Cécile de France, Roy Dupuy, Myriam Boyer, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, etc.), qui rappelle une fois de plus que les grands rôles masculins racontent l’histoire de pauvres types (déjà Vincent Cassel dans La haine, Alain Delon dans Plein soleil, Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle, Robert De Niro dans Taxi Driver, Al Pacino dans Le Parrain, etc.) qui rêvent la vie plus grande qu’elle n’est. Mesrine est évidemment un rôle de composition rêvé pour un acteur comme Vincent Cassel qui aime les métamorphoses, se présenter comme un policier pendant un braquage, ou donner des leçons d’honneur aux policiers lors de ses nombreuses aventures.

Richet, cinéaste amateur des guérillas urbaines, n’est jamais tant à son aise que lorsqu’il filme la fuite de prison ou l’assaut de celle-ci avec des moyens dérisoires. Il sait que l’aspiration du spectateur pour la liberté est telle qu’il lui fera toujours préférer le prisonnier au gardien, et qu’il applaudira même la fuite du plus dangereux des criminels. Vincent Cassel insiste beaucoup sur le fait qu’il a demandé plusieurs réécritures du scénario pour qu’aucun méfait de Mesrine ne soit éludé, ni sa brutalité envers ses femmes ou ses ennemis, ni son appât pour la gloire qu’il voulait s’offrir. Il faudra donc voir si L’ennemi public confirme cette dimension mythique du personnage.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *