Au-delà des collines de Cristian Mungiu : la peur de l’extase féminine

Nous touchons avec Au-delà des collines, adapté du fait divers d’un exorcisme qui s’est terminé en Roumanie en 2005 par la mort de la jeune femme, à ce qui lie le désir des femmes et les religions.

Cristian Mungiu, chef de file du cinéma roumain depuis sa palme d’or pour 4 mois, 3 semaines et 2 jours, filme en plans-séquences aux allures de tableau de groupe de Rembrandt par l’emploi de couleurs sombres et le sens de la mise en scène de soi de chaque personnage, la vie recluse des nonnes d’un monastère roumain perturbées par l’arrivée d’une jeune femme qui vient retrouver celle dont elle est amoureuse.

En cinéaste métaphysique comme Nuri Bilge Ceylan, Cristian Mungiu s’attache à filmer des êtres écrasés par la misère, tout en étant illuminés par une lumière qui les aide à avancer. Alina rêve de Voichitsa qui rêve de Dieu. L’homme du monastère, prêtre conservateur et austère, pense faire le bien en chassant le malin du corps de la jeune fille qui rêve de faire l’amour avec son amie d’enfance.

Au-delà des collines traite de l’angoisse d’une société traditionnelle face aux désirs d’indépendance et de plaisir d’une jeune femme expatriée en Allemagne tout en crevant de solitude et de désir devant l’immensité de l’inaccessible (souvenir d’un ami roumain humilié par les vitrines des pays occidentaux il y a dix ans). Portrait effrayant d’une communauté prête au pire pour faire le bien plutôt que de laisser vivre un corps qui hurle, Au-delà des collines est le tableau de la crise spirituelle de l’Europe, incapable de rassasier de pauvres gens auxquels on a promis une extase permanente.

Au-dela des collines – Bande-annonce par lepacte-distribution

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