Comment filmer une palme d’or ?

“La politique dans une oeuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’un concert, quelque chose de grossier, et auquel pourtant il n’est pas possible de refuser son attention.”

Stendhal, La chartreuse de Parme

 

La sortie d’Entre les murs de Laurent Cantet, première Palme d’or française depuis Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987) nous amène à dresser le bilan des dix dernières palmes, et de ce qu’on y trouve… :

– L’injustice est le thème principal des films primés de la plus haute récompense du festival cannois : la détresse d’une jeune belge qui cherche à sortir de la galère (Rosetta, 1999), la condamnation à mort d’une immigrée volée par son propriétaire (Björk dans Dancer in the dark, 2000), la mort injuste (La chambre du fils, 2001), l’extermination des Juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale (Le Pianiste, 2002), le massacre collectif et absurde des jeunes gens d’un lycée américain (Elephant, 2003), l’élection contestée de Georges Bush (Fahrenteit 9/11, 2004), la détresse d’une jeune femme dont le compagnon vend l’enfant pour payer ses dettes (L’enfant, 2005), la colonisation de l’Irlande par la Grande-Bretagne, métaphore de l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis (Le vent se lève, 2006), la détresse d’une jeune femme avortant dans des conditions abominables pendant la dictature de Ceaucescu (4 mois, 3 semaines, 2 jours…, 2007), et en un sens l’exclusion du jeune Souleymane de son lycée après qu’il ait défendu deux de ses collègues traitées de “pétasses” par leur enseignant (Entre les murs, 2008).

– La polyphonie est le style récurrent du cinéma d’auteur des dix dernières années : la vie quotidienne des adolescents américains (Elephant) ou le quotidien d’une classe d’un lycée français (Entre les murs), la révolte des Irlandais contre l’envahisseur (Le vent se lève), la mise en perspective des différents points de vue concernant l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis (Fahrenheit)…

– Le couronnement d’une carrière : certains films semblent moins couronnés pour leur génie que pour récompenser la carrière d’illustres cinéastes oubliés pour de meilleurs films, tels Nanni Moretti (La chambre du fils), Roman Polanski (Le pianiste) ou Ken Loach (Le vent se lève). En conclusion, pour obtenir la Palme d’or, mieux vaut s’y préparer jeune.

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