Honoré au nom de l’honneur perdu

On dit que le théâtre ne sert à rien, mais c’est la moindre des choses que de ne servir à rien dans notre monde.”

Bernard-Marie Koltès

Louis Garrel est aussi crédible en professeur italien dans La belle personne que moi en champion de natation, mais Christophe Honoré y filme ses lycéens avec la sensualité amoureuse de Gus Van Sant dans Elephant (au steadycam, plan large) et comme les enfants cruels qui brûlent un scorpion au début de La horde sauvage de Sam Peckinpah, c’est-à-dire comme des êtres qui seront toujours cruels et rigolards, mais avec d’autres moyens.

Léa Seydoux incarne à merveille la “veuve sicilienne”, comme dirait Daniel Pennac, c’est-à-dire la jeune femme triste et boudeuse, bourreau des coeurs de ses collègues de classe, qui préfère jeter des oeillades aux plus de 30 ans pour se rassurer, comme Romain Duris incarnait le roi du lycée dans Le péril jeune de Cédric Klapisch, le bel homme qui chavire les coeurs sans s’en rendre compte ni s’en soucier.

Mais ce qui semble une fois de plus intéresser Honoré dans cette adaptation de La princesse de Clèves, que je confesse n’avoir pas lu, est plutôt que l’impossibilité de perdre l’honneur qui souciait tant la noblesse de l’Ancien Régime, justement le droit et même peut-être l’importance de perdre son honneur, en tombant pourquoi pas amoureux de sa mère (Louis Garrel d’Isabelle Huppert dans Ma mère), en vivant sa dépression après 30 ans chez ses parents (Romain Duris dans Dans Paris), en découvrant l’amour d’un jeune homme après la perte de sa compagne (Louis Garrel de Grégoire Le Prince-Ringuet dans Les chansons d’amour), ou en tombant amoureux d’une élève dans La belle personne (Louis Garrel de Léa Seydoux).

Honoré célèbre avec sa famille (Louis Garrel, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni, Alice Butaud, etc.) le droit au déshonneur, de se battre en cours, d’être boiteux, immigré, gay ou tout simplement différent, d’avoir plusieurs vies, en somme de franchir la ligne blanche, mais surtout le droit d’avoir encore et toujours 17 ans, cet âge dont Rimbaud disait si bien qu’on n’y était pas sérieux, et qu’on y avait le droit de suivre “un tout petit chiffon d’azur sombre, encadré d’une petite branche, piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond, avec de doux frissons, petite et toute blanche“.

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