Augustine d’Alice Winocour : sortir le corps féminin de la simulation

Le coup de génie d’Alice Winocour est de transformer ce qui flaire le sujet à thème destiné au rayon Culture générale des magasins de DVD (défaut majeur du film consacré par Cronenberg il y a un an sur le trio Freud/Jung/Spielrein) en un plaidoyer des femmes pour ne plus simuler la jouissance au bon plaisir des hommes.

Soko s’y colle, rockstar déguisée en bonne à tout faire pour le film, victime d’une paralysie à l’issue d’une crise, orientée vers l’hôpital de la Salpêtrière où le psychiatre Charcot (Vincent Lindon) regroupe toutes les souffrances psychiques féminines sous l’appellation d’hystérie : anorexie, nymphomanie, dépression, schizophrénie… La cure qui se déroule selon les critères scientifiques de l’époque s’accompagne d’exhibitions censées financer les travaux et satisfaire le besoin de voyeurisme de l’époque hantée par un besoin de contrôle social.

Augustine se situe avant que le scientisme sur l’hystérie ne s’effondre par la place que la psychanalyse (Freud sera l’élève de Charcot) accordera à l’inconscient et la sexualité, des femmes en particulier, à une époque où Madame Bovary, Les Fleurs du mal, Les diaboliques, autant d’oeuvres artistique qui abordaient le désir féminin par-delà la sainteté et la prostitution, étaient interdites.

Les rapports cliniques de Vincent Lindon (l’image de Charcot ayant moins marqué l’imaginaire collectif que Freud, il ne craint pas de remarques du type :”t’as vu, Aragorn s’est déguisé en Freud“) sur ces jeunes femmes victimes de violence ou de leurs pulsions inexprimables sont brillamment filmés. Il fallait une rock star sans doute, c’est-à-dire une femme qui accepte de considérer son corps comme un champ de bataille (mon père me disait en lisant Un long silence de Mikal Gilmore que comme l’auteur, le rock l’avait sans douté sauvé de la folie de son milieu très conservateur), pour donner du souffle à une crise d’hystérie : dans A dangerous method, la méthode Stanislavski donnait l’impression de voir Keira Knightley jouer l’hystérie, alors que Soko est proprement hystérique dans Augustine.

Soko se tord et se touche sous le regard médusé de scientifiques fascinés, jusqu’à la guérison où on lui demande encore de représenter le corps féminin soumis aux désirs masculins. Le film se termine sur une pirouette et un transfert trop attendu entre le médecin et la patiente, mais avant cela Alice Winocour aura offert la très grande scène du film, où la cinéaste se moque de la persistance du regard masculin humiliant sur le corps des femmes (comme dans les innombrables films pornographiques où le modèle féminin finit couvert de sperme, ou hurle au moindre geste de son partenaire pour consoler les hommes d’avoir tant perdu au XXe siècle), plutôt que d’imaginer la correspondance des plaisirs féminins et masculins.

PS : à suivre en 2013 sur le cinéma et la psychanalyse, Arnaud Desplechin adaptant Psychothérapie d’un indien des plaines du citoyen du monde Georges Devereux, avec Mathieu Amalric et Benicio del Toro, où les admirateurs de ce cinéaste franco-français espèrent qu’il se sublimera avec ces lettres persanes. Cannes 2013 ? Oh oui !

Augustine Bande annonce du film par LE-PETIT-BULLETIN

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