Martyrs, au nom du cinéma

Voyage au bout de la nuit est un chef d’oeuvre, mais je n’aimerais pas que mes filles le lisent.”

Georges Bernanos

“J’aime qui m’éblouit, puis accentue l’obscur à l’intérieur de moi.”

René Char

Ceux qui aiment diviser le cinéma en films de genre, c’est-à-dire du côté du corps, du rythme, du mouvement, et films d’auteur, c’est-à-dire du côté de l’âme, du temps et de la parole, auront bien du mal à s’y retrouver avec un film aussi complexe que Martyrs de Pascal Laugier, film terrorisant dont la fin est sans doute la plus importante depuis 2001, l’Odyssée de l’Espace, en ce qu’elle apporte un point de vue sur la question posée par Gauguin “D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Il est pourtant difficile de trouver plus trouillard que moi sur terre, sachant que je déteste les films d’horreur, et que j’ai passé la moitié du film à regarder tout ce que je pouvais sauf l’écran. Il a fallu les conseils avisés d’un cinéphile éclairé (“O Brother, where art thou ?”) pour me pousser dans la salle où j’ai frémi dès que les lumières se sont éteintes.

Mais mon admiration pour les cinéastes de la barbarie, en particulier Sam Peckinpah (Les chiens de paille), Samuel Fuller (Shock Corridor) et John Carpenter (Assaut), beaucoup plus que pour les cinéastes d’horreur, m’a poussé dans ce long couloir de Martyrs, qui comme le veut l’étymologie du terme “marturos” (témoin), fait du spectateur le témoin masochiste et pervers du supplice des deux héroïnes campées par la Franco-chinoise Mylène Jampanoï et la Marocaine Morjana Allaoui. Pascal Laugier, du haut de sa colère contre le système, use bien de quelques tics qui seraient agaçants si le bout du couloir n’était aussi lumineux. Mais il fait preuve d’une foi dans tous les éléments du cinéma (image, son, effets spéciaux, musique, effets sonores, montage, etc.) qui n’a pas d’équivalent en France.

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