Des hommes sans loi de John Hillcoat : la ballade des bouseux

Des hommes sans loi : photo Jessica Chastain, Tom Hardy

Il est surprenant de voir à quel point en une semaine les deux planètes cinématographiques les plus diverses et les mieux structurées, les Etats-Unis et la France, nous offrent des films qui nous racontent pour le premier comment la base rêve de sommets, et pour l’autre comment on est toujours obligé de passer par l’élite pour aider la base.

Des hommes sans loi est une ballade rock’n’roll sur un scénario de l’immense Nick Cave pour son compatriote australien John Hillcoat, où dans les années trente un trio de frères, les Bondurant, fit fructifier dans l’Etat de Virginie son commerce de gnôle tout en refusant de payer les policiers corrompus. Le trio est mené par Tom Hardy qui devient avec son air de prolo fatigué indispensable dans le cinéma américain. La belle Jessica Chastain vient secouer le gaillard et le très méchant policier Charlie Rakes (Guy Rakes) va tout faire pour les corrompre et les abattre.

Cette ode à l’immensité de l’Amérique rurale (un jour, j’adapterai Radieuse aurore de Jack London) compose de magnifiques tableaux sur la maladresse (l’extraordinaire scène du coup de foudre de Shia LaBoeuf pour la belle Mia Wasikowska durant la messe) et le sens de l’honneur des gens simples.

Nous avons aussi vu sans colère Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer, où Jean-Pierre Bacri retarde autant que possible de demander à son père, Président du Conseil d’Etat, d’intervenir pour permettre à une jeune Croate (Isabelle Carré) d’obtenir la nationalité française. Tout cela se passe dans d’immenses appartements de 200 mètres carrés (que les personnages n’ont pas pu acheter sans en avoir hérité) et on se paie le luxe de moquer le communautarisme alors que le réalisateur ne filme, à l’exception de la sans-papier, que sa classe sociale (qui est aussi la mienne, bien que je ne vive pas à Paris) : des intellectuels de gauche blancs parisiens. Alors plus des grands bourgeois boiront à la santé des sans-papier dans d’immenses appartements haussmanniens, plus je me sentirai proche d’une bande de bouseux maladroit en amour et qui rêvent d’écrire leur mythologie.

Des hommes sans loi Bande annonce du film par LE-PETIT-BULLETIN

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