Festival Côté Court (3) : Apichatpong Weerasethakul, être le la du monde

On comprend mieux ce que veut dire Godard, reprochant dans Histoire(s) du cinéma au cinéma français son manque d’ambition politique, et allant avec son sens de la provocation habituel jusqu’à souhaiter des temps plus durs pour que cette cinématographie consacre moins de temps à se contempler le nombril, lorsqu’on contemple un cinéma aussi poétique et politique que celui du cinéaste thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, lauréat de la Palme d’Or pour Uncle Boonmee en 2010.

Le programme choisi par le cinéaste pour le Festival Côté Court donne le la : The Anthem, où deux femmes parlent de la liberté de leurs choix amoureux en écoutant l’hymne national sans se lever, ce qui est passible de prison en Thaïlande, Ghost of Asia réalisé avec Christelle Lheureux sur le retour de la vie par les rituels quotidiens sur une île frappée par le tsunami en 2004, A letter to uncle Boonmee, prélude à son long-métrage sur un village supplicié au nom de la guerre sans pitié menée contre les communistes par l’armée thaï et les Etats-Unis…

Le cinéaste qui considère le fait de filmer comme un “document sur la réalité humaine” privilégie les lieux chargés d’histoire (un hôtel désaffecté décor de la réminiscence des amours impossible, une île dévastée, la jungle menacée par la civilisation du béton, un village supplicié…) et la lumière naturelle pour se forcer à s’adapter au mouvement du réel. C’est dans la jungle qu’il semble dans son élément, lieu d’apparition des fantômes thaïs de son enfance et d’une cosmogonie qui réconcilie l’homme et la nature. Cinéaste musical et d’autant plus précieux qu’il est détaché des modes et de la mémoire parfois pesante de la cinéphilie occidentale, il reviendra prochainement sur les écrans avec Mekong Hotel, qui faisait partie de la sélection Un certain regard à Cannes.

Festival Côté Court de Pantin, du 6 au 16 juin 2012

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