Prometheus de Ridley Scott : Omnia fui, nihil expedit

“Je fus tout. Rien ne vaut”. Cette phrase ultime de l’empereur romain Septime Sévère peut s’appliquer à la carrière de Ridley Scott, qui commença brillamment par un bon film de costume sur les guerres napoléoniennes avant de réaliser l’un des plus grands films de science-fiction avec Alien, puis d’alterner des projets plus ou moins personnels qui renfermeraient quelques beaux moments de cinéma (Rutger Hauer en robot ayant un geste humain avant la mort dans Blade Runner, deux femmes se vengeant de la violence des hommes dans Thelma et Louise) avant de devenir surtout le réalisateur de publicités le plus demandé au monde.

“Tout n’est rien” est la phrase culte du film prononcée par Michael Fassbender en robot fan de Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie, qui aurait pu élever beaucoup plus haut le Prometheus du titre pour ce prequel, comme on dit poétiquement, d’Alien. Une équipe d’ingénieurs et d’archéologues atterrit à la fin du XXIe siècle sur une planète très lointaine dont la galaxie ressemble à une forme répétitive de représentation de l’espace par les civilisations antiques. L’équipe partie à la recherche de l’origine du monde découvre l’hostilité de semi-dieux et de créatures dinosoraumorphes et cannibales.

La bonne nouvelle du film est la lenteur du début, impensable dans la plupart des films hollywoodiens contemporains, qui permet de rester saisi devant la beauté d’une planète vierge aux allures de nouveau monde et de vestiges antiques qui mêlent l’imaginaire d’Angkor au Cambodge aux dessins originaux de H.R. Giger pour le premier Alien. Le casting impressionnant, de Charlize Theron en héritière chargée de la mission à Noomi Rapace du Millenium suédois en archéologue, en passant par l’inquiétant Michael Fassbender, fait beaucoup de bien pour crédibiliser une histoire qui voudrait tutoyer Kubrick.

Las. Ridley Scott a le sens des mises en scènes opératiques, mais ce n’est pas un cinéaste intellectuel, et il est rapidement mal à l’aise avec le sous-texte gréco-païen du scénario. Comme disaient les Grecs justement, apprenons à nous connaître nous-mêmes, et les chèvres seront mieux gardées.

Prometheus – Les Origines [VOST-HD] par Eklecty-City

2 thoughts on “Prometheus de Ridley Scott : Omnia fui, nihil expedit

  1. Du point de vue grec, la plupart des intellectuels ne sont que des sophistes ou des démagogues. Ce qui explique que le cinéma, en général, a peu de rapport avec l’imaginaire grec.
    – Ce qui est intéressant en revanche c’est que le cinéma est “démoniaque” au sens grec du terme, un art conçu comme une procréation. Or l’origine de l’homme selon le mythe de Prométhée est démoniaque, justement. Mais j’ignore si Ridley Scott part de là ?

  2. Fort juste, mais je ne pense pas que ces subtilités aient atteint Ridley Scott. Le scénario parle bien du délire bachique de l’humanité, mais le film se referme sur le fantasme de rédemption du christianisme.

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