Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (24) : le baiser et l’effet K

Il est plus difficile que je ne le pensais de filmer dans l’enceinte du collège en dehors des heures imparties car les bouffeurs d’espoir rôdent et ont trop d’intérêt à saboter le projet pour mieux se convaincre de demeurer dans leur médiocrité.

J’ai dû sortir des vieilles ruses de sioux et un effet presque aussi vieux que le cinéma en tant qu’art, effet K ou Koulechov du nom de son inventeur russe, qui consista en 1921 à superposer un plan sur le visage d’un acteur au plan d’une assiette de soupe, d’un cercueil et d’une petite fille, ce qui donnait le sentiment que l’acteur exprimait talentueusement, selon les cas, la faim, la tendresse et le chagrin. Nous pourrions aisément refaire l’expérience avec la photo ci-dessus : le sens de ce plan différerait selon qu’elles parlent à un beau jeune homme, un policier ou leur père. Le résultat de l’expérience signifiait que le montage était le langage du cinéma, l’image et le son étant les matériaux du montage qui donne l’espace et le temps du film.

J’ai renouvelé l’expérience en filmant deux jeunes gens fort occupés à s’emboucher au milieu de la cour (le plan le plus émouvant du film, dont je rêvais depuis le début), en montant l’image avec un plan de notre héroïne pris plusieurs heures plus tard dans la cour et regardant dans leur direction, soupirant, dépitée d’avoir des dons de prophète puisqu’elle préférerait comme l’actrice sortir avec son petit ami plutôt que de tourner une histoire bizarre devant la caméra pour un cinéaste mal peigné.

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