Filmer L’or de leurs corps à Rosny-sous-Bois (23) : la possibilité d’un long

Il y a un moment comme ça dans la vie où vous êtes parti pour tourner un court-métrage et vous vous rendez compte que de séquence en séquence, vous avez la possibilité d’un long entre les mains, même si la fin de l’année est proche, que les maladies, les stages et les amours printanières menacent l’édifice, alors sans doute faut-il serrer sa chance et puis zou Galinette on continue.

Il y a grosso modo trois méthodes pour passer d’un schéma de film court à un long-métrage en cours de tournage :

– la méthode godardienne, très utilisée par le cinéaste durant les années 60 où il tournait parfois deux ou trois films par an, bâtis sur des scénarios qui tenaient sur quelques feuilles, et consistant à filmer des scènes poétiques qui résonnent avec le ton du film sans avoir nécessairement de lien avec la narration. Voir notamment Pierrot le fou pour une application légère et Deux ou trois choses que je sais d’elle pour une application radicale.

– la méthode antonionienne : étirer les plans sur une intrigue mince en privilégiant l’élégance du cadre et des mouvements de caméra, ainsi que la beauté des acteurs.Voir L’éclipse pour la beauté de Monica Vitti et d’Alain Delon, et l’ambiance de fin du monde sur fond de crash boursier qui n’est pas sans rappeler le monde dans lequel nous vivons, et La nuit pour la beauté de Jeanne Moreau, Marcello Mastroianni et Monica Vitti, et la décadence de la bourgeoisie occidentale.

– la méthode Noé : filmer des plans séquences angoissants dont les défauts sont masqués par la musique, le montage et les cris (“je vais te faire mal, je te dis que je vais te faire mal”, etc.). Voir Irréversible.

– la méthode Wenders : écrire au cours du tournage des scènes non prévues au scénario, mais qui s’imposent à la lumière du jeu des acteurs et de la chance du tournage. Voir Paris, Texas, où le scénariste vient en aide au cinéaste en panne, en écrivant à l’arrache la scène devenue mythique du strip-tease.

Alors me voilà avec une combinaison de méthodes éprouvées, des comédiens fatigués, mais une détermination sans faille pour mon dernier mois de tournage. Et comme dit Hoel à la belle Isa qui accuse le destin, à la fin d’un épisode des Passagers du vent, de les avoir emporté dans d’aussi funestes aventures “C’est pas ça, le destin, Isa… ça… C’est la chance”.

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