Les adieux à la Reine de Benoît Jacquot : adieu la Reine, bonjour Mesdames

Les Adieux à la reine : photo Benoît Jacquot, Julie-Marie Parmentier, Léa Seydoux

Sacrée Marie-Antoinette ! Qu’elle fut utile depuis plus de deux-cents ans pour diminuer les torts du roi de France et la rendre coupable ou en faire l’exemple de la déliquescence du royaume, à l’aube du monde dans lequel nous vivons. Benoît Jacquot adapte le roman de Chantal Thomas en insistant sur le supposé saphisme de la Reine de France, son amour des beaux livres (la dame alla se recueillir sur la tombe de Jean-Jacques Rousseau) et sa frivolité.

Miroir des fantasmes de chaque époque, la lascivité de la Reine est parfaite pour illustrer notre temps où les inégalités et quelques frasques médiatisés sur les moeurs des puissants diffusent un climat insurrectionnel. L’histoire suit le regard de la liseuse de la Reine, interprétée par l’étonnante Léa Seydoux, qui papillonne comme quelques autres autour de Marie-Antoinette (Diane Krüger qui appuie sur l’accent), délaissée par son très pieu mari (le cinéaste Xavier Beauvois) qui n’eut jamais de maîtresse. Le cinéaste alterne les scènes de cour et celles du petit peuple de Versailles où les courtisanes rêvent d’un beau mariage et de continuer de jouir des miettes du monde doré qui les entoure.

Un aussi beau casting amène à se permettre quelques coquetteries ultra-modernes, dont un improbable enlacement entre Marie-Antoinette et la Duchesse de Polignac (Virginie Ledoyen) devant la Cour, dans la galerie des glaces. Mais Les adieux de la reine a l’intelligence de se concentrer sur les mutations du genre en cours à l’époque pré-révolutionnaire, qui ont selon l’historien Jean-Clément Martin “contaminé les statuts de la monarchie et de l’Etat”, à une époque où une Reine fréquentait des femmes du peuple, des bals à Paris, s’intéressait à la mode et aux beaux livres. Il est demandé dans la scène la plus forte du film à la jeune liseuse de prendre l’habit d’une duchesse pour prendre sa place sur l’échafaud au cas où le peuple de France en voudrait à sa tête. Il y a dans cette scène de travestissement où une roturière prend l’allure d’une reine le sens du nouveau monde en train de voir le jour.

LES ADIEUX À LA REINE : BANDE-ANNONCE Full HD par baryla

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