Quel format d’image choisir pour son film (4/3, 1:85, cinémascope) ?

Voilà une question au moins aussi fondamentale que “qu’est-ce qu’il y a à manger ce soir ?” ou “quand est-ce que ton patron va t’augmenter ?”.

– Le format des visages, du cinéma classique et des reportages : le 4/3 (format traditionnel des télévisions) : Elephant, Citizen Kane, Soy Cuba, Vivre sa vie, tous les films de Stanley Kubrick. Ce format, qui a longtemps été celui du cinéma classique, a été repris par les premiers postes de télévision (ce qui pose toujours des problèmes de conversion aux personnes qui ont des téléviseurs 16/9e, la plupart des émissions et des films étant tournés pour des écrans 4/3). Aujourd’hui, le 4/3 est surtout utilisé par la télévision (Elephant, Palme d’or, était un téléfilm avant d’être diffusé en salle), mais il a eu toutes les faveurs de Kubrick, qui appréciait son cadre, et s’adapte parfaitement au visage humain, comme dans Vivre sa vie, déclaration d’amour de Godard à Anna Karina.

– Le format des compositions complexes 1/66 et 1/85 : Baisers volés, Taxi driver, A nos amours, Le labyrinthe de Pan… Le cinéma français de Truffaut et Pialat marque une préférence pour le 1/66, le cinéma américain pour le 1/85, plus étiré que le précédent. Cette différence provient sans doute de la part croissante des chaînes de télévision dans le financement du cinéma français depuis les années 80, mais il n’empêche pas de superbes compositions, comme Van Gogh de Pialat. Ce format intermédiaire a finalement recueilli l’adhésion d’une part croissante de cinéastes soucieux d’allier une grande esthétique à une forte lisibilité de l’image et de l’action.

– Le format des stylistes et des grosses productions : le cinémascope (format le plus étiré) : Les 400 coups, Le mépris, Il était une fois dans l’ouest, Casino, Titanic, Le seigneur des anneaux… Fritz Lang disait du cinémascope qu’il était fait pour filmer “les serpents et les enterrements”, Guillermo del Toro l’appelle “le format des jeunes cinéastes”. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que François Truffaut commence sa carrière en Scope (les 400 coups) pour choisir progressivement des formats plus aérés, le plus souvent 1/66. Le choix du cinémascope doit être justifié par une mise en scène proche de l’opéra, comme par exemple dans Il était une fois dans l’ouest ou Casino, car il peut s’avérer cruel pour un cinéaste inexpérimenté. Il vaut mieux avoir quelque chose à dire en cinémascope, car un visage inexpressif au milieu d’une image étirée est du plus mauvais effet.

 

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