The story of G.I. Joe de William Wellman : Regarde les hommes mourir pour toi

C’est un film totalement antimilitariste tourné en pleine guerre par William Wellman en 1944 d’après deux récits du reporter de guerre Ernie Pyle, Prix Pulitzer de la même année, sur “le GI qui vit et meurt misérablement” pour dénazifier l’Europe pendant que les haut-gradés s’endorment dans de la soie et donnent leur nom aux plus belles avenues du monde.

Il est difficile d’imaginer un film aussi beau à une époque où le cinéma de guerre est devenu un instrument de propagande du fait de son coût (l’improbable pitch d’Il faut sauver le soldat Ryan, malgré la scène sauvage du débarquement) ou un pamphlet pompeux (la difficulté de L’ordre et la morale de sortir du cinéma-dissertation).

Rien de tel dans The story of G.I. Joe, Les forçats de la gloire, qui s’attache au quotidien des fantassins embarqués dans la campagne de la 5e armée de Tunisie à Rome. L’immense chef-opérateur Russell Metty (La soif du mal, Ecrit sur du vent) filme en clair-obscur les moments de camaraderie de ces hommes issus des campagnes les plus pauvres des Etats-Unis, réunis pour une guerre dont ils ne comprennent pas l’enjeu, extraits de leur torpeur par une lettre qui leur apprend qu’ils sont devenus pères, par les anecdotes du reporter sur les seins des starlettes hollywoodiennes, ou par un disque vinyle comportant la voix du bébé que le soldat ne peut écouter en l’absence de phonographe dans les pauvres villages italiens qu’ils traversent, jusqu’à le rendre fou.

Champ de survie et de désespoir (“j’ai juste survécu” dit Robert Mitchum au début du film), The story of G.I. Joe, que Samuel Fuller considérait comme le “seul film adulte et authentique” produit par Hollywood durant la seconde guerre mondiale, dénonce l’absurdité de la guerre et de la raison d’état qui veut épargner un monastère même si la batterie qu’il abrite cause de lourdes pertes humaines : “je suis catholique et je dis : bombardez le monastère” dit un soldat.

William Wellman, auteur d’un magnifique western sur les lynchages de voleurs de chevaux, très admiré par Clint Eastwood, L’étrange incident, considérait The story of G.I. Joe comme son meilleur film, tout en refusant de le voir du fait que la plupart des acteurs et protagonistes étaient disparus quelques mois après le tournage. La dernière image se clôt sur ces mots d’Ernie Pyle :”telle est notre guerre et nous l’emporterons avec nous d’un champ de bataille à l’autre jusqu’à ce qu’elle soit terminée. Nous vaincrons. J’espère que nous pourrons nous réjouir de la victoire, mais avec humilité, et que tous ensemble nous nous efforcerons de réassembler notre monde brisé en un édifice si ferme et si juste qu’une guerre mondiale ne sera plus jamais possible. Et pour ceux qui gisent sous les croix de bois, il n’y a rien que nous puissions faire, sauf peut-être nous arrêter et murmurer : “merci mon pote !”

The story of G.I. Joe, Les forçats de la gloire, de William A. .Wellman, DVD accompagné d’un livre de Michael Henry Wilson, auteur franco-américain d’un livre d’entretien passionnant avec Martin Scorsese et d’un livre sublime sur Jacques Tourneur, truffé d’anecdotes sur le tournage du film et le destin d’Ernie Pyle, conseiller technique du film, décédé quinze mois après le tournage pendant la bataille d’Okinawa. Edition Wild Side.

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