Oslo, 31 août de Joachim Trier : l’angoisse et le sentiment d’infini

Oslo, 31 août : photo

Alexandre Kojève nous offre trois attitudes existentielles possibles, et seulement trois. 1. Rejeter l’idéal de la sagesse pour lui préférer le silence ou un langage privé de sens (la musique, les mathématiques, la peinture, la poésie, etc.). 2. Accepter cet idéal de sagesse mais nier que l’homme puisse le réaliser, en optant pour la théologie. 3. Opter pour la philosophie en vue de réaliser l’idéal de sagesse sur terre.

Le personnage inspiré de l’histoire du toxicomane du Feu follet de Drieu la Rochelle qui traverse le film de Joachim Trier Oslo 31 août a clairement “choisi” la première solution en optant pour une solution proprement in-sensée, la drogue. Ce trentenaire issue de la bourgeoisie d’Oslo, doué d’hyper acuité, sort de son centre de désintoxication pour une journée, et retrouve ses anciens amis qui ont adopté ce qu’ils décrivent comme des simulacres de bonheur (le couple, la paternité, la recherche intellectuelle, la fête perpétuelle avec des moins de 25 ans, etc.).

Après de nombreux films plus ou moins moralistes sur la drogue, le très francophile Joachim Trier s’intéresse au trajet d’un jeune homme en proie au doute existentiel qui fait le choix d’assouvir son désir d’infini dans la drogue. Cette voie recommandée par le jeune Sigmund Freud en 1885 avant de lui préférer des plaisirs moins nocifs, condamne à la solitude et au mensonge le jeune héros qui referme peu à peu les portes de son monde. Ce voyage mélancolique qui s’ouvre sur des diapositives et des films en Super 8 sur l’Oslo des années 70 et 80 donne un pincement au coeur à tous ceux qui se rappellent ceux qu’ils ont perdu en route pour avoir refusé de jouer le jeu social.


2012 au cinéma : Oslo, 31 août par PureCine

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