Salma Cheddadi au Centre Pompidou : la Fille de l’Homme

Nous entrons dans une salle du Centre Pompidou en lisant des mots qui font leur effet dans un prospectus artistique (“voyages, départs, arrivées, corps, désirs”) qui n’aide pas à saisir la portée de ce qui se noue dans le cinéma de Salma Cheddadi.

Nous sommes projetés dès le premier film, Mangousteens on milk, qui date de 2007, dans un nouveau regard sur le corps féminin comme la Nouvelle Vague apportait un nouveau regard sur le corps masculin, en donnant un souffle épique à la vie intérieure tout en féminisant l’aspect extérieur des hommes pour créer un nouveau langage cinématographique. Salma Cheddadi donne un souffle épique à la sensualité féminine en représentant des héroïnes qui tiennent tête aux hommes sur leur terrain de prédilection (le rapport de force, la vie intellectuelle et poétique voire mystique, etc.). Dans Mangousteens on milk, elle suit à la trace, caméra 8 MM au poing selon ses propres mots “comme un flingue braqué sur elle”, son amie germano-thaïe Jana Jacob, sur les routes de Chiang-Mai en Thaïlande à Singapour, détournant avec malice les gestes de soumission qui font la fortune de la presse masculine pour composer une nouvelle poésie de la féminité et de la sensualité.

Sweet viking, son dernier film tourné en 16 mm en Islande, porte une fois passée la puissance euphorisante de la langue anglaise, un titre a priori aussi engageant que “tendre Wisigoth” ou “gentil Croisé”. Elle y suit le chemin d’une islandaise trentenaire, femme viking qui élève seule ses deux enfants et traverse son pays pour retrouver son père malade (où il est question comme dans un autre film de la cinéaste avec Jana Jacob, Hallo Papi, d’une jeune femme qui peine à parler avec son père, comme si les femmes avaient tellement changé depuis les années 90 que les pères n’arrivaient plus à suivre). On sent la cinéaste à un tournant dans les magnifiques terres désolées d’Islande. Salma Cheddadi, admiratrice manifeste d’Antonioni et de Bresson, native de Casablanca, d’un pays du sud, filme avec une légère ironie une représentante de la femme occidentale, la blonde nordique autonome qui vit dans un monde imaginaire et païen peuplé d’elfes et de bonshommes féériques censés peuplés ce pays. Souhaitons que ses projets de tournage au Liban et en Tunisie écrivent de nouvelles étapes de son exploration du corps féminin et du rapport de force avec les hommes comme terra incognita.

Hors Pistes 2012. Centre Pompidou, jusqu’au 12 février.

www.salmacheddadi.com

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