La taupe de Tomas Alfredson : la passion des hommes tristes

La Taupe : photo Tomas AlfredsonAprès une histoire d’enfant triste qui nouait une amitié avec un vampire dans Morse, premier film très admiré par mon frère, le cinéaste suédois Tomas Alfredson s’est intéressé à de grands enfants au sourire triste qui exercent une profession de vampire, espion, ou du moins tel qu’ils l’exerçaient dans les années 70, en pleine guerre Froide.

Il y est question du chef des services secrets britannique qui envoie un agent en Hongrie pour rencontrer un général qui veut passer à l’ouest. L’agent est assassiné, le chef des services désavoué se suicide, mais une rumeur circule jusqu’aux oreilles du Ministre concernant l’existence d’une taupe dans les services. Un ancien responsable du service, un homme sinistre nommé ironiquement Smiley (Gary Oldman à son meilleur), est chargé d’identifier cette taupe.

Tomas Alfredson, remarquable cadreur et fin cinéphile, trouve bien sa place dans le cinéma d’espionnage en faisant un certain nombre de clins d’oeil aux maîtres, d’Alfred Hitchcock dans La mort aux trousses, auquel il emprunte un avion, à Steven Spielberg dans Munich , auquel il vole l’excellent acteur irlandais Ciaran Hinds, et Inception de Nolan, film d’espionnage industriel qui révéla l’excellent Tom Hardy qui a la voix des hommes qui aiment les grands whiskys et les cigarettes.

Les pratiques les plus sombres de la Guerre froide donnent lieu à des scènes d’épouvante qui rappellent le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler, mais l’essentiel du film se déroule dans les décors cafardeux des services secrets et la terne vie des hommes et des femmes tristes qui ont embrassé la profession de l’ombre. Il ressort de cet angoissant portrait de bureaucrates une mélancolie face à l’ennui qu’inspire le monde défendu par les hommes de justice, quand la taupe du titre voulait juste réaliser un idéal esthétique. On retrouve là la préoccupation du philologue George Steiner, qui consacre toute sa vie à l’étude des motivations des barbaries du XXe siècle, et découvrit dans l’histoire de l’espion anglais Anthony Blunt, immense historien d’art et traître à sa patrie au profit de l’Union soviétique, une métaphore de l’abîme de contradictions dans lequel vit l’homme démocrate, forcé d’accepter la part d’ennui que comporte le “moins pire des systèmes”.


LA TAUPE : TEASER VOST Full HD 'Tinker, Tailor… par baryla

One thought on “La taupe de Tomas Alfredson : la passion des hommes tristes

  1. Bonjour, quel film réussi. J’ai été passionnée de bout en bout. C’est un film intelligent, qui prend son temps. Cela m’a donné envie de lire la trilogie de Le Carré. Bonne après-midi.

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