Folle Journée de Nantes 2012 : que signifie devenir Russe ?

Que les délicieuses soeurs Bizjak natives de Belgrade me pardonnent d’utiliser leur photographie dans une pose baudelairienne (“luxe, calme et volupté”) pour illustrer un article où il s’agit de devenir russe, mais la circularité du propos n’en est que plus plaisante, les deux jeunes femmes ayant interprété au piano devant nos yeux ébahis à une heure indue où la fatigue renforçait le sentiment d’assister à une fête païenne, Le sacre du printemps de Stravinsky que le compositeur russe aimait jouer à quatre mains avec Debussy, le plus grand compositeur français du XXe siècle avec Serge Gainsbourg.

Que se passe-t-il à la Folle Journée de Nantes que l’on ne voit ailleurs ? Tout d’abord, la vengeance de la province française, méprisée par l’intelligentsia culturelle parisienne lors de la première édition du festival qui en compte désormais 17, et qui assiste désormais aux premières loges à cinq jours d’extase à la russe. Ensuite, une grande fête populaire pour la musique classique à un prix modique, alors qu’étant provincial d’âme, même si j’ai pris la démarche d’un Parisien pour m’intégrer, je n’ai jamais réussi à assisté à un concert de musique classique à la capitale sans avoir le sentiment de ne pas faire partie du club.

Donc quelques dizaines de milliers de spectateurs ont choisi l’ivresse pour admirer la Capella de Saint-Pétersbourg dont je placerais bien l’interprétation d’un morceau d’Alexander Archangelsky (en sus de leur interprétation des Vêpres) dans mon dernier film, Vox Clamantis en Arvo Pärt que nous chérissons, la belle Brigitte Engerer en familiarité avec Tchaïkovsky et les soeurs Bizjak donc en Stravinsky.

Nous n’avons toujours pas répondu à la question du titre sur l’âme russe qui se désolait dans Guerre et paix de ce que Napoléon ruine son pays alors qu’elle situait son royaume des cieux à Paris. Faire le choix de la musique russe aujourd’hui, c’est considérer le sacré comme une résistance à la laideur du monde et à la transformation pour le champ qui nous concerne du cinéma en une filiale de la mauvaise psychologie et de la mauvaise sociologie. C’est faire le choix d’un cinéma de l’ivresse pour convertir chaque personnage en icône et chaque image en apparition.

Lidija et Sanja Bizjak, Le sacre du printemps/Petroucka, version piano à quatre mains, édition Mirare, 1 CD. En concert le 16 février à 20 heures au Musée d’Orsay.

Brigitte Engerer et Boris Berezovsky, Rachmaninov, Suites pour deux pianos, édition Mirare, 1 CD.

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