Sur la planche de Leila Kilani : Maroc Colère

Sur la planche : photo

Sur la planche de Leila Kilani pose trois questions fondamentales aux passagers du XXIe siècle. 1. Qu’est-ce que la modernité offre d’autre que le meilleur (l’émancipation des femmes) et le pire (Tony Montana) de l’occident ? 2. Qu’est-ce que le cinéma politique ? 3. A partir de quand les frustrations d’une part importante de la population deviennent-elles explosives ?

Les imbéciles qui ricanaient il y a quelques années face à l’avènement du cinéma des Dardenne (“la caméra tremble parce que l’un des frères chatouille l’autre”) ont dû changer de cible tant le style des divins frères belges s’est diffusé dans le cinéma politique international. Leila Kilani filme caméra au poing des jeunes femmes de Tanger, ouvrières dans une usine de crevettes le jour, entraîneuses, prostituées et voleuses le soir, menées par Badia (Soufia Issami) la tchatcheuse qui scande sa rage au rythme du hip-hop. Le film commence par l’arrestation de la leader qui nous fera revivre les derniers jours de son histoire.

“D’où parles-tu ?” disait-on en 1968 pour demander au nom de quelle classe sociale s’exprimait l’orateur. “D’où filmes-tu ?” devrait-on dire aujourd’hui au cinéma, notamment en France où le circuit de financement récompense surtout le discours auto-centré de la bourgeoisie parisienne en son miroir. Leïla Kilani, fille de la classe moyenne supérieure du Maroc, guide comme Faouzi Bensaïdi sa caméra sur le pas de jeunes gens en colère qui étouffent sous une frustration alourdie par le fait qu’un monde merveilleux et interdit leur tend les bras de l’autre côté de la mer. Nous dirons d’eux dans 200 ans comme de Claire Denis ou d’Abdellatif Kechiche : ils ont fait du cinéma.

SUR LA PLANCHE : BANDE-ANNONCE VOST par baryla

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