Il n’y a pas de rapport sexuel (con ne vît) de Raphaël Siboni

Il n'y a pas de rapport sexuel : photo Raphaël Siboni

Que pouvait bien réunir HPG, pornographe provocateur et arty, qui se revendique ouvrier et prostitué, et tente de masquer sa haine de soi par une superbe faconde, et un artiste qui porte tous les attributs du métier en ce jeune XXIe siècle (Arts Déco, Palais de Tokyo, mal peigné, habillé de telle manière qu’à la campagne on lui jetterait des pierres…) ? Du cinémâche disait Jacques Lacan, auteur dans l’un de ses textes les plus abscons, L’Etourdit, de la phrase qui donne son titre au film : “Il n’y a pas de rapport sexuel”.

Les deux cinéastes étaient présents au Ciné 104 pour présenter leur objet filmique né des milliers d’heures de making-of des films du premier, pionnier du porno low-cost, hétéro et homo, montées par le second qui avoue avoir retenu les “séquences qui avaient la plus grande dynamique émotionnelle”.

Où l’on y voit entre autres de jeunes amatrices ne correspondant pas aux normes occidentales de la beauté venir chercher l’orgasme et la démultiplication de l’image de soi dans le monde virtuel, un jeune noir rêvant de devenir une star du porno se retrouvant dans un porno gay tourné devant une télévision diffusant des images d’un porno hétéro pour exciter les comédiens, le réalisateur HPG apparemment ivre en train d’expliquer un scénario surréaliste consistant à venger les acteurs d’un pornographe leur ayant confié une obscure clé USB…

Le passage le plus hilarant du film montre HPG en train de motiver un amateur de devenir une star du porno pour coucher avec les plus belles femmes, contrairement au bobo qui sort actuellement avec la plus belle fille du lycée avant que sa sexualité ne décline une fois qu’il sera prisonnier de l’héritage paternel. Raphaël Siboni a réuni les images qui forment le portrait d’un homme plus grand que la vie, exemple typique de la philosophie de l’Etourdissement prônée par Jacques Lacan contre 2500 ans d’aristotélisme qui contraint les corps dans les principes, les normes et les lois.

Ni éloge, ni critique du porno, ne confortant ni celui qui voudrait voir un numéro de Capital sur l’industrie, ni la ou le féministe de gauche (que je suis) assuré que les femmes sont les premières victimes du business qui représente un tiers de la consommation d’images filmées sur internet, il n’y a pas de rapport sexuel est un cinéma de l’équivoque, peut-être la seule forme que devrait recouvrir cet art au XXIe siècle lorsqu’il aura fait le deuil d’Homère pour se penser comme art disposé à placer son contemporain devant un abîme de contradictions qui sont la seule mesure du sens plutôt que de le caresser dans le sens du poil.

Il n’y a pas de rapport sexuel Bande Annonce… par Filmsactu

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