Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Fincher : la bataille du sexe des femmes

Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes : photo David Fincher, Rooney Mara

Le XXe siècle au cinéma a été celui de la domination
masculine au lit, le partenaire féminin étant la plupart du temps invitée à
réconforter son homologue masculin sur sa virilité. Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes, adaptation
par David Fincher du best-seller de Stieg Larrson, commence bien avec son
héroïne punk industrielle Lisbeth Salander (l’exceptionnelle Rooney Mara) qui
reproche en présentant son rapport à un mystérieux commanditaire à Mikhaël
Blomkvist (Daniel Craig) de ne pas assez pratiquer le cunnilingus à sa
compagne. Après le générique en fanfare présentant un rêve glauque pétrole de
Lisbeth sur la musique métal hurlante de Trent Reznor, que votre serviteur n’a
pas fait mine d’écouter depuis vingt ans et l’époque de Nine Inch Nails,
Fincher laisse espérer atteindre des cimes.

La suite donne pourtant un arrière-goût désagréable qui
n’est pas étranger aux défauts du roman. Comme l’auteur suédois décédé après
avoir rendu sa copie, David Fincher filme mieux le viol de la jeune femme que
sa sexualité, en offrant des images convenues de baiser saphique qui sont
devenues incontournables depuis le succès de Mulholland drive. Lorsque la belle autiste rencontre Blomkvist,
reporter déchu par un coup monté, pour enquêter sur la disparition violente de
jeunes femmes sur fond d’orgie nazie, la superbe plastique de la jeune femme
n’empêche pas de filmer platement le coït entre les deux partenaires où Daniel
Craig a passablement l’air de s’ennuyer (il aurait peut-être fallu lui dire qu’il
n’interprétait pas James Bond).

Si le cinéma a offert la parole aux femmes dans la vie
domestique (Cukor, Hawks), la vie publique (Truffaut) et la vie politique
(Godard), la vie sexuelle est restée majoritairement terra masculina, à l’exception notable de L’amant de Lady Chatterley de Pascale Ferran. Les hommes qui n’aimaient pas les femmes offrait un terreau
particulièrement fécond pour imposer au cinéma la conquête de la femme du XXIe
siècle pour son droit au plaisir sexuel, avec son lot de femmes courageuses évoluant
dans un environnement technologique leur permettant de se passer des hommes.

Comme dans le roman, David Fincher se focalise sur la
théorie du complot (des orgies nazies matinées d’inceste au sein de l’élite
suédoise en rêve de pureté) plutôt que de filmer l’allure de gendre idéal que
se donne l’extrême droite européenne en ce jeune XXIe siècle. La difficulté
d’adapter un roman aux intrigues en tiroir dans le temps imparti par les
multiplexes (2 heures 38) n’est pas étrangère au sentiment de confusion qui
émane du traitement. C’est surtout la gestion des accents suédois des
personnages les plus inquiétants qui est la plus délicate, compromis entre la
production hollywoodienne en anglais et la touche exotique de ce beau pays
qu’est la Suède. L’expatriation de ce grand cinéaste inquiet, américain,
américain, américain, qu’est David Fincher n’est peut-être pas pour rien dans
ce sentiment d’objet filmique non identifié.

MILLENIUM – LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES… par baryla

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