Death for sale de Faouzi Bensaïdi : L’être et l’orient

Le cinéma est mort au contrechamp d’honneur. Quelques résistants ont pris le maquis pour raviver la flamme d’un art qui ressemble trop souvent à de la mauvaise télévision, en refusant le plus possible le dialogue terne du champ-contrechamp pour hisser leurs images à des hauteurs mythologiques.

Le cinéaste marocain Faouzi Bensaïdi est de ceux-là. Il réalise un film noir ancré dans la réalité de son pays avec Death for sale, Mort à vendre, l’histoire de trois losers attirés chacun par un mirage (la femme fatale, l’argent facile de la drogue et des hold-ups, le paradis promis par les intégristes pour tuer un Chrétien) dans le port méconnu en France de Tetouan, citadelle en forme de prison douce pour une jeunesse prisonnière entre monts et mer, loin des centres administratifs et financiers comme Casablanca et Rabat, et de l’argent du tourisme comme Marrakech et Tanger.

Avec son personnage principal, Malik (Fehd Benchemsi), Faouzi Bensaïdi transpose le héros romantique fitzgeraldien, trop fait pour l’amour dans une réalité sociale qui ne lui permet pas de trouver son bonheur, au monde arabe. Comme sa soeur qui dans une scène terrible préfère une fin amère à une amertume sans fin comme disait le héros d’A propos d’Elly, Malik accomplit un voyage au bout de la nuit jusqu’au dernier plan renversant, dans tous les sens du terme, du film.

Nous vous écrivons d’un pays bâti sur sa révolution qui a fait le tour du monde et suscite encore des joutes intellectuelles passionnées qui n’excluent pas l’insulte plus de deux siècles après les faits. Les amoureux du Maghreb ont assisté avec admiration et inquiétude au printemps arabe, prélude à tous les espoirs et de nombreuses désillusions. Death for sale est le premier film contemporain des événements à sortir en France. Il assiste sans illusion au naufrage d’une jeunesse écartelée entre une modernité occidentale et le respect dû à ses pères et au foyer. Cette mélancolie ouvre d’immenses perspectives sur le regard croisé et dé-Croisé entre l’orient et l’occident que le cirque de la peur de l’autre des deux côtés de la Méditerranée ne cesse de voiler.

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