Malveillance de Jaume Balaguero : la lutte déclassée

Malveillance : photo Jaume Balagueró, Luis Tosar, Marta Etura

A l’époque de la crise des idéologies et des structures collectives (église, syndicat, parti politique, etc.), la misère et la frustration ne se résolvent plus en rêve de révolution, mais en actions individuelles d’autosatisfaction dont s’empare facilement le cinéma : explosion de violence (La haine), sexe virtuel et onanisme (Shame), ou dans Malveillance, instauration d’un régime de terreur au niveau d’un immeuble ou d’un appartement.

C’est le destin du concierge interprété par ce passionnant comédien qu’est Luis Tosar (Même la pluie), méprisé et usé jusqu’à la moelle par les bourgeois ibériques qu’il sert dans un superbe immeuble Art nouveau, à l’exception de la belle Mimi (Marta Etura) qui lui décroche un sourire séducteur dans lequel il voudrait voir plus qu’il n’y paraît. Il décide de se faire justice en s’introduisant chez la belle chaque nuit en l’endormant au chloroforme.

Jaume Balaguero s’amuse entre Bunuel et Hitchcock, tout en citant Bergman pour le pilonnage de l’hystérie bourgeoise, à décrire la misère du monde du travail contemporain où le salarié est a priori suspect de n’être pas assez performant et de voler son employeur, et des non-relations de classe entre les néo-bourgeois qui aiment le peuple et les toujours-prolétaires. Il a l’intelligence des personnages secondaires comme une petite peste de six ans qui espionne le concierge et le fait chanter. Un sens plus rigoureux du cadre et de la direction d’acteur aurait élevé ce suspense efficace en une grande parabole sur la modernité.
 

LA B-A DU JOUR : Malveillance VOST | HD par mainstream-club

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