Le Havre d’Aki Kaurismaki : Impression, soleil devant

Le Havre : photo Aki Kaurismäki, André Wilms, Blondin Miguel

On se rend compte du chemin parcouru par l’extrême droite dès lors que l’on s’aperçoit à quel point son discours a contaminé les conversations pour faire de l’étranger, de l’immigré, de l’autre, la cause de tous les maux contemporains. Le cinéaste finlandais Aki Kaurismaki a choisi un nom programme, le Havre, pour conjurer le sort d’une société portée par les grandes peurs millénaires. Il a donc posé ses valises au Havre en France, où Marx (André Wilms) rencontre Monet (Jean-Pierre Darroussin) sur la forme et le fond.

Impression, soleil levant peignait Monet en donnant sans le savoir un nom au dernier mouvement artistique populaire. Aki Kaurismaki filme un ancien sans domicile fixe hébergeant un sans papier gabonais en attente de passage à Londres. Le plus grand chef opérateur vivant, Timo Salminen, illumine des rades qui semblent sortis des années 60 et sublime les rues rectilignes dessinées par Auguste Perret après-guerre. Il retrouve dans le port le cadre qui plut à Monet et offre une dimension mythologique aux objets d’autrefois qui duraient alors au-delà de la date de péremption de la garantie.

Conte de noël, manifeste politique et poétique, Le Havre est une déclaration d’amour à la désobéissance civile et aux résistants du cœur qui refusent de se résoudre au fait que le désert croisse. C’est aussi un clin d’œil amical à un pays aimé, la France, qui devra décider dans quelques dizaines de jours si elle préfère la laideur d’âme de la peur ou l’odeur de miracle de l’altérité.


LE HAVRE : BANDE-ANNONCE Full HD par baryla

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