2e prix Cinéma dans la lune : Lars von Trier, Moretti, Farhadi, Carrenard…

Melancholia : photo Kirsten Dunst, Lars von Trier

L’équipe du site qui célèbre les nouvelles utopies cinématographiques a palabré jusqu’à l’aube autour de discussions houleuses* pour départager les nouveaux gagnants de son prix célèbre dans le monde entier :

Prix du meilleur film : Melancholia de Lars von Trier. L’art contre l’artiste plutôt que l’art pour l’art, élégie pour la Terre ravagée par la surpopulation et la cosmophagie de l’homme. Eloge des femmes de pouvoir incarnées dans des sorcières face à de tristes sires assoiffés de performance jusqu’à la fin du monde.

Prix du meilleur premier film: Donoma de Djinn Carennard. Imparfait et agaçant, mais curieusement le seul film français de l’année à représenter les noirs comme des personnes complexes (une blanche fille d’un couple noir, une photographe, un jeune amant malicieux…) plutôt que de se réfugier dans le confort douillet des préjugés (sourire “Y’a bon Banania, noirs rigolos, bons danseurs, preneurs d’otage, etc.). Une énergie hors du commun à la Kechiche, des personnages féminins de très haut vol (dont la prof d’espagnole qui couche avec l’un de ses élèves de lycée professionnel), un sens du marketing (“le premier film réalisé pour 150 euros”, “film guérilla”) et une foi dans le montage “mon beau souci”.

Prix du meilleur scénario : Nanni Moretti pour Habemus papam et Asghar Farhadi pour Une séparation. Hommage à Melville pour le premier, fête du surréalisme avec un match de volley-ball entre évêques au Vatican, recueillement devant ceux qui renoncent au pouvoir plutôt que de massacrer la tâche. Violence d’une séparation dans le second, superbe portrait de lutte des sexes et des classes à rebours des préjugés sur l’Iran. Deux bijoux de scénario pensés par-delà le modèle classique hollywoodien.

Prix du meilleur documentaire : La grotte des rêves perdus de Werner Herzog. Miriam a raison, le film vaut pour les 30 minutes où le cinéaste filme les peintures d’animaux datant de 30 000 ans, où l’artiste utilise la forme des parois de la grotte Chauvet pour donner le sens du mouvement des bêtes. Le cinéma comme lieu de défoulement panthéiste.

Prix de la meilleure comédienne : Ariane Ascaride dans Les neiges du Kilimandjaro de Guédiguian et L’art d’aimer d’Emmanuel Mouret. Maternelle dans le premier, amoureuse dans le second, une actrice qui en un mouvement de tête renverse le monde et tire les larmes comme les grandes comédiennes de Pagnol.

Prix du meilleur comédien : Olivier Gourmet pour “Est-ce que vous votez Josépha ?”, face à face cruel entre l’élite en place et la France qui “crève la gueule ouverte”, question fondamentale en une époque de dépossession du pouvoir de citoyenneté et de crise du politique. Gourmet en ministre séducteur, communiquant, ambitieux, courageux, beauf et cynique. Plaisir de bouche, votez Gourmet. (mention spéciale à Vincent Gallo dans Essential Killing en Rambo musulman).

Prix de la meilleure image : Christopher Blauvelt pour La dernière piste de Kelly Reichardt, l’un des plus beaux films de l’année consacré à l’avancée de pionniers à la conquête de l’ouest. Un éclairage minimaliste pour retourner à l’essence du mythe et filmer réalistement les pionniers dans leur crasse et leur rêve, dont une magnifique Michelle Williams. Rencontre de l’indien et de la femme blanche pour mettre fin à deux siècles de fantasme.

Prix du meilleur montage image : Laurence Briaud pour L’exercice de l’Etat. Découpage abstrait de la vie politique dans le choix surréaliste d’un conseiller élyséen envoyé pantoufler chez Vinci, surgissement de l’urgence par SMS affiché en surimpression sur l’écran, violence du débat politique, extase devant un nouveau-né kubrickien. Un travail d’orfèvre qui sublime le film le plus nihiliste de la saison.

Prix du meilleur son : Lon Bender, Victor Ray Ennis, Robert Eber pour Drive de Nicolas Winding Refn. Nappes de son de Los Angeles canaille et banale. Bruits d’hélicoptère et de moteurs dans une ville onaniste où l’on vit à l’ombre des stars et de la sexualité.

Prix des meilleurs costumes : Jean-Paul Gaultier pour La piel que habito de Pedro Almodovar. Un costume-peau porté par la sublime Elena Anaya pour accomplir sa métamorphose.

Prix du meilleur maquillage : Tamar Aviv, Stephen Murphy et Karmele Soler dans La piel que habito de Pedro Almodovar. La métamorphose la plus troublante de l’année d’un homme en femme qui ferait chavirer le plus certain des hétérosexuels. Du grand art.

Prix du meilleur décor : Jerzy Skolimowski pour Essential killing. L’environnement dans lequel vit le cinéaste polonais, les collines boisées qui servent de huis-clos étouffant pour une chasse à l’homme après Vincent Gallo en Rambo musulman.

Prix du meilleur court-métrage : Le jour où le fils de Rainer s’est noyé d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux. Elégie pour la fin d’un monde après la mort d’un fils. Hommage à Tarkovski plus facile à citer qu’à refilmer et aux époux Becher. Invocation des sortilèges du cinéma dans un paysage toujours menacé de mort par la télévision. Une salve d’avenir.

*Mathieu, Pierre et François ont juré de ne plus se parler jusqu’à midi.

2 thoughts on “2e prix Cinéma dans la lune : Lars von Trier, Moretti, Farhadi, Carrenard…

  1. N’attendez-vous donc pas de voir si décembre ne cache pas une pépite en son sein ?
    En tout cas vous ne récompenez que du bon, donc j’adhère pleinement ! Il me reste tout de même encore à voir Donoma, ce qui ne devrait tarder…

  2. Il y a quand même du Scorsese, du Kaurismaki, du Cronenberg qui sort d’ici la fin de l’année… Les semaines à venir nous diront si vous avez eu raison de dégainer si vite !

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