Shame de Steve McQueen : la fringale érotique de la vie moderne

Shame : photo Michael Fassbender, Steve McQueen (II)

Dans un monde où la moindre pratique sexuelle est accessible en deux clics, le cinéaste Steve McQueen qui avait fait grand bruit avec son premier film Hunger consacré à un indépendantiste irlandais mort d’une grève de la faim en prison, revient avec une histoire d’addiction sexuelle à New-York.

Brandon, cadre branché d’une entreprise de conseil, est obsédé par le sexe, la drague, les prostituées, la masturbation, les sites pornographiques, les regards croisés dans le métro… Son univers bascule lors de l’arrivée de sa soeur, chanteuse ratée et perdue (Carey Mulligan qui illuminait Drive). Il est alors obligé de partager son intimité avec un morceau de famille qui bouleverse ses petits rites érotiques. Il doit même quitter son appartement lorsque son patron s’incruste pour coucher avec sa soeur. On suit alors Brandon en un long travelling en train de faire son jogging dans la ville qui ne se couche jamais.

Steve McQueen, venu de l’art contemporain, privilégie le plan-séquence et le dos des personnages comme dans Vivre sa vie de Godard. Cette anatomie un peu moralisatrice de la vie moderne impressionne surtout par cet immense comédien qu’est Michael Fassbender et la richesse de la mise en scène. Lorsqu’il essaie de nouer avec une vie normale de couple avec une belle collègue de son open space, le jeu de séduction ne cesse d’être interrompu par un serveur envahissant. Lui-même ne semble jamais éprouver autant de plaisir que lorsqu’il fait l’amour à la fenêtre devant les passants. Cet exhibitionniste hédoniste gagne en profondeur en abordant aux rivages de l’inquiétude.


Shame (2011) – Trailer / Bande-Annonce #2 [VO|HD] par Lyricis

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