L’ordre et le morale de Mathieu Kassovitz : la caverne et la lumière

L'Ordre et la morale : photo Mathieu KassovitzC’est l’un des meilleurs comédiens français, l’un des seuls à être capable d’endosser le rôle d’un homme normal aux pouvoirs de superhéros. C’est aussi un cinéaste important qui signe son meilleur film depuis La haine, qui est devenu l’étalon du cinéma de ghetto, célébré par Michael Mann et beaucoup imité, pour le meilleur et pour le pire.
Il sort aujourd’hui en salle un film qui l’occupe depuis dix ans, L’ordre et la morale, consacré à la négociation entamée par le capitaine Philippe Legorjus du GIGN, qu’il interprète, pour faire libérer les vingt-sept gendarmes pris en otage en mai 1988 par une troupe de rebelles kanakes qui demandaient l’abrogation de la loi Pons en Nouvelle-Calédonie (qui visait à accroître le pouvoir du Territoire Nouvelle Calédonie aux mains de la droite loyaliste au détriment des trois régions au pouvoir du FLNKS indépendantiste).
Mathieu Kassovitz renoue avec le cinéma politique de ses aînés, Costa-Gavras en tête, qui pense que le cinéma a une fonction de dévoilement de la vérité sur la dictature grecque (Z), les méthodes de torture sous le bloc soviétique (L’aveu), ou le silence de l’Eglise face à l’extermination des juifs d’Europe (Amen). Le cinéaste s’est aussi inspiré de la narration américaine du cinéma d’enquête et politique qui va des Hommes du président aux séries américaines brillantes en termes de storytelling comme par exemple The wire. Kassovitz filme en cinémascope dans des décors de rêve la violence des rebelles et de l’armée prise dans l’étau de l’élection présidentielle de 1988 et de la rivalité entre Chirac et Mitterrand.
On sent le cinéaste préoccupé par le besoin de donner la parole à chaque groupe afin de relever la part de responsabilité de l’ensemble des parties, tout en dénonçant l’héritage du passé colonial de la France. Ce système qui donne parfois des dialogues un peu lourds nous fait partager le désarroi du brave capitaine Legorjus qui s’apprêtait selon ses dires à obtenir la reddition des Kanakes lorsque le Président et le Premier Ministre ont donné l’ordre de donner l’assaut à deux jours du second tour de la présidentielle.
L’ordre de la morale participe finalement de la morale du cinéma d’action américain avec son personnage de brave homme seul contre tous, une femme aimante en métropole (l’excellente Sylvie Testud) et un side-kick rapidement désarçonné (le trop rare Malik Zidi). Le spectateur sort avec son personnage et les otages de la caverne de ses mauvais souvenirs sur l’événement, mais cet accouchement platonicien nous renseigne peu sur la culture kanake filmée de manière world cinema et le système de chefferie vanté par le chef des preneurs d’otage probablement assassiné par les militaires après l’assaut. Souhaitons toutefois que ce film qui représente dignement les Kanakes trouve sa place face au succès de l’automne qui aligne tous les préjugés sur les noirs rigolos et bons danseurs.

1 thought on “L’ordre et le morale de Mathieu Kassovitz : la caverne et la lumière

  1. @Mathieu Tuffreau : “le système de chefferie vanté par le chef des preneurs d’otage probablement assassiné par les militaires après l’assaut”

    Ce type de supposition basée sur aucune preuve, aucun fait a-t-il réellement sa place sur ce site ? Si les suppositions sans fondements vous tentent, peut être devriez-vous travailler chez Marianne…

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