Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi : mensonge d’Etat, fracture française

Ici on noie les AlgériensLe 17 octobre 1961 à Paris eut lieu la manifestation la plus violemment réprimée en Europe occidentale au XXe siècle. 30 000 Algériens sur les 150 à 200 000 que comptait la région parisienne manifestent pacifiquement à Paris pour protester contre le couvre-feu et appeler à l’indépendance de l’Algérie. La police, stimulée par le Préfet Maurice Papon sur fond de guerre entre le FLN et les forces de l’ordre, mena une répression impitoyable qui fit plusieurs dizaines de morts le jour même, la plupart jetés dans la Seine ou laissés au bord des chemins, pour un total de plusieurs centaines de victimes algériennes de septembre à octobre 1961 en région parisienne, dans un contexte de durcissement des relations entre la police et le FLN alors que le Général de Gaulle négociait la fin de la guerre. Yasmina Adi a choisi de se focaliser sur les témoins de l’événement plutôt que de contextualiser les faits, ce que lui reprocheront sans doute ceux qui ne manqueront pas de parler de la violence du FLN à l’encontre de la police et des Algériens dissidents. Ici on noie les Algériens recense méthodiquement les faits qui suivirent la manifestation du 17 octobre à partir de témoignages, d’images d’archives, de documents sonores d’actualité et des renseignements généraux, laissant peu de doute sur la violence de la répression. Les femmes algériennes sont nombreuses à parler de la disparition d’un époux le 17 octobre, ou des coups dont leur mari fut victime ce jour-là. Des Algériens racontent leur détention abominable au Palais des Sports de la Porte de Versailles qu’il fallut évacuer afin que s’y produise le chanteur noir Ray Charles (sic). Un membre du personnel médical présent au Palais des sports parle de la vision des cadavres et des coups qui pleuvaient sur les prisonniers. Ray Charles – Hit the road jack par Yannicklord Yasmina Adi focalise son film sur ce fleuve paisible admiré dans le monde entier, la Seine, qui rendit des dizaines de cadavres d’Algériens dans les jours qui suivirent la manifestation. La particularité de l’événement tient moins à sa violence qu’à l’occultation dont il est victime depuis cinquante ans en France. Aucun gouvernement n’a reconnu la responsabilité de l’Etat dans cet événement, ce qui permit à Maurice Papon de parler de montage à propos des photographies par Elie Kagan de victimes de la répression (l’ancien Préfet perdit son procès). Le moindre débat sur la question sent le souffre, comme on a pu le voir au ciné 104 devant l’historien Gilles Manceron et Henri Pouillot du MRAP (auteurs d’un recueil de textes sur le 17 octobre 1961). Le public s’invective sur la responsabilité des personnalités (Charles De Gaulle, Maurice Papon, Michel Debré), des partis politiques (SFIO, PC français), mélange le 17 octobre et Charonne (4 mois plus tard le 8 février 1962, 8 manifestants du PC sont matraqués à mort au métro Charonne). Il ne manquait plus qu’un groupe de pied-noirs pour nous rappeler les violences du FLN et le public en serait venu aux mains. Ici on noie les Algériens remplit sa mission en provoquant le débat dans un pays qui en est privé depuis quatre ans sous prétexte de rejet de la repentance, d’opposition des Français d’origine européenne et des Français d’origine africaine ou musulmane. Ce qui perdra peut-être Nicolas Sarkozy l’an prochain est de s’être trompé d’époque, en croyant que la mise en avant de success stories de noirs et maghrébins français suffisait pour écraser les débats sur la violence de la période coloniale. La France de 2011 ne ressemble pas à celle de 2001. Une génération est en train de créer de nouveaux espaces politiques et artistiques qui ne se satisferont pas du rôle de figuration. Ici on noie les Algériens (17 Octobre 1961)… par toutlecine

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