“Millions of years of evolution”, Vivien Leigh vs Nicole Kidman, ou l’ultime combat des femmes

Dans Un tramway nommé désir, mis en scène par Elia Kazan en 1951 d’après la pièce de Tennessee Williams (car “on a tous quelque chose en nous de Tennessee”, la chanson de Michel Berger, est un hommage au dramaturge, et non à l’état américain), Vivien Leigh (Autant en emporte le vent) alias Blanche Dubois rend visite à sa soeur qui vit avec son mari Stanley, ouvrier d’origine polonaise, interprété par Marlon Brando qui y trouva la consécration (“I’m not polish, I’m American”, qui influença les bad guys des années 70, De Niro, Pacino, etc). 

Blanche Dubois et sa soeur sont deux bourgeoises issues d’une famille d’origine française, ruinée mais qui conserve les bonnes manières, qui énervent profondément Stanley/Marlon Brando, qui finira par violer Blanche Dubois, laquelle sera prise pour une folle et internée. En tête à tête avec sa soeur, Vivien Leigh entame un célèbre monologue durant lequel elle regrette que des millions d’années d’évolution (“millions of years of evolution”) n’aient conduit qu’à ce singe d’homme brutal, ivrogne et machiste interprété par Marlon Brando.

Cinquante ans plus tard, la condition des femmes (et des hommes) a changé. Les femmes ont affirmé leur rôle dans la sphère publique, elles ont acquis le droit à la contraception, à l’avortement, peuvent plus facilement divorcer, obtenir la garde de leurs enfants, etc. Les hommes à leur tour ont appris à mieux respecter les femmes, leurs désirs, leur liberté, même s’il reste encore des résidus de primates qui malheureusement se sont trompés de siècle.

 En 1999 pourtant, dans son dernier film, Stanley Kubrick filmait dans Eyes Wide Shut Nicole Kidman, face à son mari dans le film et dans la vie Tom Cruise, donner une suite au monologue de Vivien Leigh. Alors qu’elle reprochait à son mari d’avoir dragouillé deux mannequins au cours d’une soirée, il lui répondait qu’il était impossible qu’il drague une autre femme que la sienne car il l’aimait. Ce à quoi Nicole Kidman regrettait que “Millions of years of evolution…” n’aient permis d’arriver qu’à ça, que les hommes aient le droit de la fourer partout, alors que les femmes soient dédiées pour l’éternité à la fidélité, l’engagement maternel, etc. Ce qu’elle concluait par “If you men only knew” (si seulement vous les hommes connaissiez… l’étendue du désir féminin), avant de raconter qu’un jour elle était tombée follement amoureuse d’un homme pour lequel elle aurait pu quitter sa fille et son mari. 

L’étendue du désir féminin, voilà l’un des plus beaux sujets du cinéma, qui croise les tentations de Jeanne Moreau dans Jules et Jim, de Romy Schneider dans César et Rosalie, la liberté de Bernadette Lafont dans La maman et la putain, d’Anna Karina dans Pierrot le fou, de Julianne Moore dans Loin du paradis et Short Cuts, etc. En tout cas, ce thème est sans doute le meilleur rempart contre le retour du machisme et l’imposition d’un modèle unique de corps féminin par la publicité.

 

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