Good Time de Ben et Josh Safdie : l’hystérisation du monde

Good Time de Ben et Josh Safdie : Robert Pattinson

C’est une course frénétique pour sauver un frère autiste ou handicapé incapable de répondre aux questions de son psy, c’est la course d’un manipulateur de génie interprété par un Robert Pattison magistral, hystérisé, donnant une forme à l’incapacité du corps humain à répondre aux injonctions permanentes de réussite, d’excellence ou au moins de bonne figure.

Ben et Josh Safdie sont les auteurs d’un très beau film sur la paternité avec Lenny and the kids, et le caractère raisonnable des personnes irrationnelles, en l’occurrence le père projecteur débordé par ses deux garçons dans les années 70. Good time croise les codes du polar avec ceux du film de prison dans une image nerveuse et granuleuse aux airs de 16 mm d’antan, rajeuni par une musique électronique assourdissante en écho à l’univers acidulé et hygiénique des villes contemporaines.

L’un des cinéastes, Ben, se colle au personnage du frère autiste, Pattinson court pour sauver son frère arrêté à la suite de leur casse minable qui visait à leur offrir la quintessence du rêve américain, le home, quelque part à la campagne. Il croisera sa compagne, Jennifer Jason Leigh en fille de la bourgeoisie amoureuse d’un minable, des vendeurs de cautions, quelques junkies et dealers, une jeune fille noire généreuse embarquée dans une histoire où elle fera figure de suspecte parfaite…

Le balancier entre la fuite du personnage principal et la tête qui bourdonne de son jeune frère est la meilleure réussite du film. Robert Pattinson fait vivre à son personnage le versant noir de la nuit des surhommes de l’Amérique, toujours un coup d’avance sur la police ou les malfrats pour sauver son frère. Les frères Safdie offrent le good time du titre dans une institution de service public seule à même de protéger les personnes fragiles de la violence du monde contemporain. Longue vie aux autistes !